Histoire de la Famille Trémolières

 

 

Fichier ouvert d'une famille à enrichir.

 

 

Recueillis  au fil du temps, les  éléments de la saga ont fait plusieurs fois l'objet de tentative de construction, sans doute, parce que, dans toute existence comme dans la relation de chaque  événement, des références sont nécessaires au discours et le recours aux origines toujours très évocateur , singulièrement "parlant" pour tous ceux que le droit défini comme les ayants-droits . L' histoire de nos histoires, du manuscrit de Louis au cahier du Dr Deronde,  constitue aussi en soi un sujet d'intérêt. On ne manque pas d'y constater d'importantes zones d'ombre comme si , parfois, le passé rejoignait les problèmes du présent.. Ce qui peine vraiment est rarement relaté; ce qui appelle justice, par contre, se transmet souvent d'une génération à l'autre. A chaque réécriture comme à l'addition de chaque nouvel élément, tout le creuset semble à refondre et le moule à redéfinir, comme si rien n' était définitif, et que l'histoire devait se refaire chaque jour !  Telle est la raison du travail de compilation qui suit.. La technologie moderne a profondément modifié le monde entier en rendant ouvertes les voies de l'intelligence par une intégration facile des ajouts, des actualisations et des idées. Une certaine conception de l'esprit familial est dès lors exposée : le totem risque de changer de forme , untel sera réhabilité et tel autre conduit aux gémonies avant que de se trouver absous dans la gloire. Le culte des ancêtres ne fait pas bon ménage avec la vérité historique . Pourtant, au sein d'une longue famille, les deux points de vue se rejoignent nécessairement comme deux flux descendant de sommets différents. Telle est l' essence même de la reconnaissance . La portée de la  transmission change de valeur  à chaque instant et nos dettes aussi. Ce faisant, la gratitude varie également en intensité comme en différence de potentiel . Pour laisser à tous le moyen de cette prière, les lignes qui suivent appellent chacun à l'oeuvre commune. Le fichier sera donc éternellement ouvert, consultable et modifiable à l' envi.......

 

Pour pouvez obtenir, sur simple demande, le fichier auprès de Louis Trémolières

                                              

 

Aux chapitres de la relation idéale , quatre étapes s'imposent ; Saint Flour, Cholet, Paris et la Franche Comté qui donnent les abscisses de la matrice dont les ordonnées seraient les archives et ouvrages que nous connaissons . L' arbre généalogique constitue la troisième dimension de cette recherche. Mais l'ambition de dresser cet arbre rejoint la folie des hommes de la tour de Babel, et est sans doute vaine . Surtout, elle ne relaterait pas la vrai singularité de nos ancêtres qui ne furent pas des membres d'une tribu, mais bien des créateurs, des artistes, juristes, négociants, et, par dessus les tribulations de l'histoire, des hommes de droit et de foi. .

 

 

 

Le cahier de l' Oncle Deronde                               Besançon 1938

 

 

 

 

 

Historique de la Famille Trémolières

 

 

 >

I/  Les ancêtres Jouvenroux 1385-1603

suivi de pièces

 

II / Le Père du Peintre

 

 

III / Le Peintre du Roy

suivi de pièces

 

 

IV / Le Greffier de la Connétablie

mémoire de Louis  avec commentaires

 

 

Les Ancêtres Jouvenroux 1385-1603

 

 

Dans la Revue de la Haute Auvergne, de l' année 1907, on lit dans le travail de M. Marcellin Boudet, ancien procureur sur Saint Flour pendant les révoltes des Armagnacs et des Bourbons (XVsiècle) les lignes suivantes ( pages 327 et suiv) :

" En Juin 1474, Louis XI ayant résolu de relever Arras détruit et presque désert depuis plusieurs années après les massacres occasionnés par sa rébellion, s'avisa de déporter ailleurs, le peu de gens qui s' y trouvaient encore et de repeupler la ville, à la façon d' Auguste, en y transportant 3000 familles complètes de gens de métier empruntées à celles des villes du centre et du midi de la France, qui fabriquaient la draperie et comme il fallait à cette colonie industrielle des capitaines et des chefs, à côté de la main d'oeuvre, il décida d'y transporter aussi en bloc des familles de marchands choisies dans les mêmes villes.

"

Le 20 Juin, la commission de Saint Flour s'assembla pour désigner, à l'élection, les gens de métier et les marchands riches et puissants qui devaient former le contingent mis à sa charge.

Pierre Jouvenroux, dit Petrus, ou Guinot ou Jacques Jouvenroux, marchand à Saint Flour, au choix de la famille, furent de ceux qu' elle désigna pour aller s'établir à Arras avec leurs femmes , enfants et fortunes. Ils devaient être rendus à Senlis le 24 Juillet.>

Pierre Jouvenroux appartenait à une vielle famille marchande et notariale , connue depuis la seconde moitié du XIIIème siècle dans Saint Flour. Elle comptait avant lui, quinze élections consulaires au moins, à partir de 1343. Le nom d'apparence bizarre, en latin Juvenis Rufus, le jeune Roux, ou Roux le Jeune, dérive d'un sobriquet comme beaucoup d'autres.

N‚ entre 1380 et 1385 et mort à peu près centenaire Pierre Jouvenroux, marchand comme ses ancêtres et prudhomme très écouté avait obtenu lui-même huit fois la dignité consulaire, unique exemple d'une popularité aussi persistante dans l'histoire du consulat sanflorain au temps de son indépendance.

Etoffes, sels, fers, blés, vins, denrées diverses, on trouve de tout dans sa boutique ou ses entrepôts, surtout de la draperie . On y trouve aussi le prêteur sur gages , ou à réméré, et cette profession n'est pas la moindre source de profits pour le riche marchand. Il prend en garde, à prix convenu, la cavalerie des seigneurs voisins dans les pâturages de ses importantes propriétés. Il a des fiefs nobles comme tous ses pareils, accumulés avec son négoce, la banque, la recette et la traite des Impôts. Il avait cédé à son fils aîné‚ (Guy Jouvenroux) la direction de la maison en 1472. Il l'avait institué son héritier universel et il eut de son vivant , la seigneurie de la Trémolière. Son second frère Jacques eut le fief de la Roussière, le troisième Guillaume fut prêtre et le quatrième Jean obtint en bénéfice le prieur‚ de Saint Michel, près de Saint-Flour et le cinquième Pierre prit la robe bénédictine dans l'abbaye clunisienne de la Chaise-Dieu, où il reçut la dignité d' infirmier.

La décision de la Commission de Saint Flour hâta la mort de Pierre Jouvenroux, presque centenaire; il mourut en février 1480. Guy , déjà  père d'un fils majeur, ne voulant pas perdre une situation superbe dans son pays pour un avenir problématique à l'autre bout de la France, s'avisa d'un ingénieux expédient pour se soustraire , lui et les siens à ce sort affreux. Il se fit anoblir avec son père et son frère Jacques.

Les lettres d'anoblissement qui furent délivrées au mois d'octobre 1479, sont aux archives de la ville. Guy les obtint moyennant une certaine somme d'argent.

Telle fut l'origine du nom de la famille.

 

Raymond Jouvenroux eut-il des fils ? Je ne le sais. Depuis 20 ans que je poursuis mes recherches , je n'ai pu établir la filiation entre ce Jouvenroux et le père du peintre Pierre Trémolières, mort en 1706, probablement né vers 1655 ? et celle de la naissance de P.T, il n'y a qu'un écart de 90 années qu'il s'agit de combler.

 

Le Blason des Jouvenroux>

 

Pierre Jouvenroux, infirmier mage de l'Abbaye de la Chaise Dieu de 1491 à 1527 fit construire, à ses frais, une partie des travées de l'aile septentrionale et celle de l'aile ouest du cloître de la Chaise Dieu ( L' abbaye bénédictine de la Chaise Dieu par Georges Paul Paris, Champion 1924 P84-87)

 

Les armoires des Jouvenroux étaient " d'azur à la fasc. d' argent , chargée de trois roses de gueules" lesquelles ornent la plupart des clefs de voûte , et un dessus de porte, des galeries encore existantes à la Chaise Dieu.

Le même blason a été relevé , par M Belard, archiviste, sur la porte d' une ancienne maison de Saint Flour, qui en 1421 appartenait aux Dupuy  ; elle fut certainement la propriété‚ des Jouvenroux, peu après cette date, elle passa à Dame Marquez Maury, veuve de Jean Bigot, vers 1576, premier aïeul connu , du côté maternel , de la famille de M  Cathelineau, et dans  laquelle il est né (cf sa lettre nø 26 de mes papiers personnels ) .

 

 

 

Pièces justificatives ( dossier personnel)

 

1) Registre de la terre et Seigneurie de la Trémolière

D'environ 200 pages d' une écriture souvent fort difficile à lire, quelquefois même illisible, daté de 1563.

Il m' a  été procuré par M Belard, archiviste de Saint Flour qui l' a découvert dans la bibliothèque de Melle Bertrand au château de Gay. Cette demoiselle a eu l' amabilité de me le céder, contre un léger don en espèces pour la bibliothèque de Saint Flour en 1916.

M Belard dans sa lettre du 23/8/1916, s'exprime ainsi au sujet de la teneur de ce registre dont je ne puis déchiffrer aucune chiffre.

La première page porte les indications suivantes :

            Livre et registre de la court ordinaire du mandement et Seigneurye de la Trémolière et Barronye de Saint George, pour puissant Seigneur Raymond de la Trémolières, seigneur de la terre et de Roffiat, baron de Saint George, Le Chambon et Salerus, commune de Trogsiesme pour les moys de Septembre mil 6 ( soixante trois ‚tant chapellain des terres et seigneurye, honorable homme Me Jehan Rolland Licenge oz loys et M F (?) Daultreoche procureur des lieux et seigneurye de la Trémolière, saint Georges et Pierre Chayrse notaire royal.

" Si le registre ne m'eut donné que cela, c'eut été maigre, car enfin de la Trémolière n'est pas Jouvenroux. poursuivant mes recherches, je découvris au passage Guy de la Trémolière, capitaine du Chambon. Ailleurs, je lus: noble Guy de la Trémolière. Enfin , moment agréable, qui me paya de toutes mes peines, ce passage qui leva tous mes doutes, qui lèvera les vôtres, je l'espère et vous donne la preuve formelle que les Jouvenroux et les de la Trémolière sont les mêmes individus.

     noble Guy de Jouvenroux, capitaine de la Trémolière

ceci se trouve au 27ème feuillet.

 

Dans le registre de la catholicité, 2 ou 3 mentions donnent de manière irréfutable la liaison directe des Trémolières et les Jouvenroux :

                     les TrémoliŠres , c'est les Jouvenroux

                les Jouvenroux, c'est les Trémolières,

tantôt le nom de famille " Guy de Jouvenroux" tantôt le nom du fief " Guy de la Trémolière".

Dans un ouvrage de M. Baudet intitulé : l'Hôtel du Consulat de Saint Flour, ses maîtres et la Bourgeoisie sanfloraine au moyen âge, on lit au sujet des Jouvenroux( page 24) : tavernier, drapier, marchand de vins,  de blès et nourrisseur de chevaux, le riche centenaire Pierre Jouvenroux, anobli en octobre 1479, tige des seigneurs de la Trémolière, de Saint Georges et du seigneur de la Roussière au XVIème siŠcle. Ce registre qui commence au 3/7/1563 ne s'étend pas au delà :; il est recouvert en parchemin et contient des rôles d'Impôts, de redevances et surtout des jugements , sommairement rédigés, rendu par le juge de la Trémolière.

 

2) Plusieurs actes de vente , par Gui de Jouvenroux, seigneur de la Trémolière en faveur du noble Christophe de Jouvenroux, du dit lieu  16/9/1632

 

 

 

 

 

 

 

 

II Le Père du Peintre

 

Pierre Trémolières  (1655 ? -1706) , père du peintre était un gentilhomme d'épée protestant, qui ne nous est connu que par le mémoire d' Ali, adressé en 1789 d'Ormoy, au comte d'Angervilliers et à l'évêque Comte de Châlons, après la mort de sa femme Catherine Lambermont, veuve de premières noces de Louis Pierre Trémolières, aux fins d' obtenir des subsides pour le petit fils du peintre, ses beaux enfants. Il écrit : Pierre Trémolières, gentilhomme d'épée, protestant, fut obliger de quitter la France à la Révocation de l' Edit de Nantes ( 1685). Il y avait laissé une jeune épouse et de grands biens. Ces biens ont passé par confiscation à des maisons religieuses des environs de saint Flour, patrie de Trémolière. La perte de sa fortune, ne lui ôta pas le désir de rentrer en France et de se réunir à une femme chérie ( Suzanne Foissin). Il donna à celle-ci rendez-vous en Poitou. Leur réunion fut de peu de durée. Trémolières mourut peu de temps après, laissant un fils au berceau, que l'académie a vu depuis au nombre de ses membres les plus distingués.

C'est à Cholet que naquit le peintre en 1703, trois ans avant la mort de son père. C'est d' après cette supplique et les renseignements vagues qu'elle contient que mes recherches sur l' origine de la famille ont été orientées depuis 20 ans.

Selon un document découvert par M. Spal, membre honoraire de la société des beaux arts de Cholet, en juillet 1896, Pierre Trémolières aurait eu quatre enfants ainsi que le montre le tableau généalogique ci-contre. Le documents Spal m'a servi à reconstituer la généalogie de la famille Foissin, à laquelle appartenait la femme du peintre . Plusieurs de ses descendants se retrouvent comme signataires ou témoins aux mariages ou décès des Trémolières et de leurs épouses.. Tel, par exemple, Louis, Denis Fossier cousin, issu de germain, de Louis Pierre Trémolières, qui signe comme témoin à son mariage avec Catherine Lambermont, ainsi que Pierre André Legris, cousin germain. Il nous montre aussi que Pierre Trémolières eut une soeur, mariée à M. Simon, dont le fils Pierre Simon est le cousin germain paternel des demoiselles Trémolières. L'une d'elles épousa un sieur Legris puisque Pierre André Legris était le cousin germain de Louis Pierre Trémolières.

 

Document découvert par M. Spal

 

J' ai trouvé, dit M.Spal, un acte d'émancipation du 28 janvier 1713 ( le peintre avait 10 ans) des demoiselles Charlotte Valérie et Pauline Trémolières , âgées de 18 et 16 ans, filles du défunt Pierre Trémolières et de Suzanne Foissin, absente du royaume. Une sorte de conseil de famille est constitué. Il se compose de : Fran‡ois David Modeur de Saint Vasc, expert, commissaire principal de l'artillerie de France; Jean Cornuet, conseiller du Roy, receveur des épices au parlement de Toulouse, Gabriel Pelissier, chevalier de l'ordre militaire et hospitalier de Saint Lazare de Jérusalem, oncle maternel; Pierre Simon, bourgeois de Paris, cousin germain paternel , Benjamin Foissier, lieutenant au régiment de Champagne, oncle maternel, Noël Dufour, bourgeois de Paris, aussi oncle maternel et Jean Pierre Trémolières, capitaine au régiment de Flandres, frère des dites mineures.

                                                                     (                         oncles maternels                     )

Pierre Trémolière et Suzanne Foissin      I       Le Pélissier     Noel Dufour       Benjamin/span>

_________________________________ I       et Melle Foissin    et Melle Foissin      Foissin     

    I                     I                 I               I                                                 I

Jean Pierre    Charlotte      Pauline     Pierre-Charles                         Delle Dufour

  1695 ?         1693 ?     (1703-1736)                          et Fossier

capitaine                     épouse      peintre du Roy                             I

au régiment des              Me Legris           I                               Louis Denis Fossier

Flandres                                      Louis Pierre

                                         ( secrétaire … la Cie des Indes) 

 

 

 

II /Le Peintre du Roy

 

 

Pierre Charles Trémolières (1703-1739) Peintre du Roy et graveur

  à Cholet, mort à Paris

 

 

Peu de temps après la mort de Pierre Trémolières ( 1706), sa veuve se remaria, alors qu'elle pouvait avoir 43 ans environ. Le beau père du peintre, dont le nom nous est inconnu, s'occupa de son beau fils et lui donna , parait-il, une bonne introduction.

Les témoignages sur la vie de jeunesse du peintre, à Cholet, sont contradictoires dans les détails. Les uns disent que sa mère qui ne l'aimait point, se remaria peu après la mort de son pére et eut plusieurs enfants de sa nouvelle union. A l'age de six ans, notre jeune peintre, qui pendant que ses fèŠres jouaient avec leurs camarades, était enfermé dans une étroite mansarde, passait son temps à crayonner sur les murs. Sa mère pour lui faire passer cette manie ne lui épargna ni les coups, ni les privations. Elle finit pourtant par s'apercevoir des heureuses dispositions de son fils  pour le dessin. Alors contente de trouver un prétexte pour l'éloigner , elle l'envoya à Paris chez un frère de son premier mari (?) Celui ci accueillit l' enfant, comme son propre fils, se chargea de son entretien et lui fit donner une bonne et solide instruction. Quelques années plus tard, il fut assez heureux pour le faire entrer dans l' atelier de Jean Baptiste Vanloo. L' excellent oncle ne tarda pas à être récompensé de ses bienfaits par les progrès rapides et les succès de son neveu qui devint bientôt l' élève favori du grand Maître ( Pissot 1881).

Charles Blanc, dans l' histoire des peintres de toutes les écoles Nø 288 290 P2 et P. Moisson  dans le bulletin de la Société des Sciences de Cholet( 5 février 1889) écrivent :

" Comme ses dispositions artistiques furent,à… la fois, précoces et tenaces, sa famille ne contraria pas trop une vocation manifeste. Elle avisa des moyens de l'envoyer à Paris. A cet effet, elle s'aboucha avec un parent éloigné, attaché, on ne sait trop à quel titre à la maison de la duchesse d' Orléans. Celle ci accepta de se charger du jeune homme qui avait 16 ans ( 1719). En conséquence, Trémolières quitta et pour toujours, la ville paisible où ses jeunes années s'étaient écoulées, insouciantes et heureuses. Avec son parent, il accompagnait la Princesse Palatine ( Charlotte, Elisabeth de Bavière, née à Heidelberg ( 1652-1722), mère du Duc d'Orléans, alors régent, dans les diverses résidences royales qu'il plaisait à celle-ci d' habiter. Il paraît que l'on y chômait pas. C'était,  pendant la belle saison, un continuel va et vient , à grand équipage, des châteaux des environs de Paris,à… ceux des bords de la Loire. Au bout de fort peu de temps, les qualités morales de Trémolières, sa physionomie heureuse et sympathique lui gagnèrent pleinement le coeur du brave homme auquel on l'avait un peu légèrement confié. Celui-ci, loin de chercher à contrecarrer la vocation de son pupille, fit tout ce qu'il put, pour le seconder dans ses projets d' avenir. Lui-même conduisit Trémolières chez J.B Vanloo une des célébrités de l' époque et le lui recommanda chaudement.

De son coté‚ M. de Caylus, allié à la famille de sa mère, lui fit une place dans sa propre maison et devint son conseiller, en même temps que son protecteur. Pendant sept ans, il travailla avec une ardeur soutenue, si bien qu'en 1726 à 23 ans il obtint le 2ème prix de l' Académie de Peinture.

 

 

En mars 1728, il était envoyé à Rome, comme pensionnaire & l' Ecole de France ( Seul le premier prix avait droit à ce séjour. M. de Caylus lui  fit, par sa protection, obtenir son départ pour Rome ( Benedict. Dictionnaire des peintres ).

C'est là qu' au milieu de cette brillante jeunesse, qui à cette époque plus qu' à toute autre dépensait follement dans les fêtes et les plaisirs, son esprit, son argent  et son temps, Trémolières, plein d' entrain et de feu , se mit à jouer, avec quelques uns de ses camarades, les fourberies de Molière. Il eut un tel succès, surtout dit-on dans le rôle d'Alceste du Misanthrope, qu'il eut un moment l' idée d' abandonner la peinture pour le théâtre. Il résiste cependant … la tentation , se remet au travail avec courage et fit , en peu de temps, des progrès considérables ( D. Pissot 1902).

A 30 ans, après six années passées à l' académie, grâceà… une prolongation de séjour obtenue à la suite de deux maladies très graves, il se disposa à rentrer en France. Mais il ne voulut pas partir avant d'avoir réalisé un projet d'union qu'il avait formé depuis longtemps déjà. Il épousa  le jours avant de quitter Rome ( 4/7/1734) Isabelle Antoinette Tibaldi, fille du musicien connu et soeur de Maria Felice Tibaldi, miniaturiste, mariée 4 ans plus tard à son ami Subleyras.

Il séjourna à Lyon, pendant 18 mois, y eut un fils, qui ne vécut pas longtemps ( Jacques Trémolières 26/7/1735). C'est dans cette ville qu' il peignit plusieurs portraits et quatre grands tableaux religieux : une adoration des Rois, une adoration des Bergers et une présentation au Temple pour les Carmes, une Assomption pour les pénitents blancs. Les trois premiers ont 4m,50 sur 3,50, le 4ème n' a que 2m50 sur 2m. Avant de quitter Lyon, il passa marché avec les Chartreux pour deux autres tableaux, une ascension (aujourd'hui … l'Eglise Saint Bruno des Chartreux derrière le maître autel) une assomption qu'il leur envoya de Paris en 1737, après les avoir exposés au Salon.

Rentré à Paris, Trémolières travaille sans relâche, car les commandes affluèrent dans son atelier . Il peignit des trumeaux, des dessus de Portes pour les appartements de Lallemand de Betz, et du maréchal de Belle-Isle, les toiles de l'Hôtel de Soubise ( aujourd'hui palais des archives) enfin son tableau de réception à l' Académie de Peinture " Ulysse sauvé du Naufrage par Minerve ", actuellement au musée Fabre à Montpellier . Le diplôme qui lui fut délivré par l'Académie est en notre possession et conforme à la copie ci contre (P18)

Peu après, nommé adjoint professeur à l' Académie, Trémolières exposa au Salon de 1738, le paysage qui est à l' Hôtel de Soubise faisant pendant à celui de Boucher, puis deux esquisses, Diane au Bain et le triomphe de Galathée et trois tableaux V‚nus embrassant l'amour, la Comédie, la Musique. Charg‚ de faire tisser par les Gobelins les dessins d' une suite de tapisseries repr‚sentant les 4 ƒges du monde, il mourut, en exécutant l' âge d'or qu'il laissa inachevé. Il avait 36 ans ( 11 mais 1739) et mourut de la poitrine dit M. de Caylus.

Il peignit deux portraits de lui-même, l' un que vous connaissez bien, puisqu'il est toujours resté dans la famille , l'autre qui est à Quimper. Pour l' appréciation de ces oeuvres et des tableaux de Trémolières, en général, je vous renvoie à l'étude du  Dr Pissot, mais je donne une attention toute particulière au portrait que j'intitule :   la date énigmatique   ( 19 septembre 1613)

Il  existe au Musée de Quimper, sous le Nø 698 du catalogue un portrait de Trémolières peint par lui-même, qui fut acquis à l' Hôtel Drouot, par le marquis de Silguy, qui l'a légué à la Ville. Il a  du être peint à Paris, peu de temps après son retour de Rome. La facture en est magistrale et c'est ce qui porte le Dr Pissot à le situer à cette date. Ce qui en fait le puissant intérêt au point de vue de la généalogie de la famille , c'est que Trémolières s'est représenté vétu d'un habit de velours bleu foncé, la chemise ouverte au col est garnie de dentelles sur le devant, aussi bien qu'aux poignets, lequel est assis dans un fauteuil, devant une table où sont ses papiers et un écritoire. Les avant-bras sont appuyés sur la table et la main gauche tient les feuillets du manuscrit tandis que la droite indique du doigt ,une phrase de celui-ci.

 

A la loupe, on y lit: sur la page gauche du 1er feuillet les mots auxquels nous avons conservé l' arrangement que l'auteur leur a donné  :

                                                 Par devant furent

                                                 présents noble mathias

                                                 de Villerognac et Dame

                                                  Guillemette de Clignac  au dit

                                                  Jeudy à midi le 19 7

                                                  de 1673 pour la

                                                  dont ils ont été

                                                  ci contre

sur le feuillet droit, que montre le doigt du peintre en souriant malicieusement

                                                 De la dette qui sera prise sur

                                                  les biens du dit sieur de Villerognac

                                                  seigneur de Clitarimerac où sont

                                                  ceux de Nicolas Bridelhac seign

au bout des feuillets, sont écrites des formules qu'on rencontre dans tous les actes notariés et à gauche

                                                  et les parties étaient d' accord  en aviser

                                                                  devant nous

                                                 ce qui est admis

                                                     le chancelier                    Je suis avec respect

                                                                                            Monsieur votre très humble

                                                                                            et très obéissant serviteur

                                                                                                           Trémolières       

Les inscriptions ont exercé la sagacité du Dr Pissot qui n'y a vu qu'une plaisanterie ne connaissant pas l'histoire de la famille et n'a pu comprendre ce que j' y vois, moi, une allusion certaine à un épisode important de la vie d'un de ses ancêtres.

 

Caractère moral de P.C Trémolières, d'après les témoignages de ses contemporains ou de ses historiens

 

1)Eloge de P.C Trémolières par le Mercure de France ( Juillet 1739)

La douceur du caractère de Trémolières, sa probité et la politesse de ses moeurs, le font regretter de tous ceux qui l'ont connu . Né avec un esprit juste  et délicat, tous ses ouvrages s'en ressentirent. Il sait allier aux grâces de la composition , celles du pinceau. Génie facile, peintre aimable ; quels progrès n' aurait il pas fait, si une plus longue carrière lui eut permis d' approfondir les mystères de son art et d'ajouter aux dons de la nature , les secours de l'expérience et de l'étude. Il était le digne élève de Vanloo l' aîné, et il devait beaucoup aux talents et au goût d'un illustre protecteur qui l'honorait de son amitié

 

2)De P. Moissan (  fev 1889) Bulletin Société de Cholet 1888

Le peu que nous en savons, nous le montre comme le type parfait de l'artiste généreux, jusqu'à… la prodigalité, de l'ami dévoué jusqu' au sacrifice, dédaignant  l'épargne, ne comptant jamais, jetant l' or à tous les appels de l'infortune, aussi bien qu'au vent de toutes ses fantaisies. Il était si bon que ses succès ne firent jamais un jaloux et toujours il put compter sur de nombreux et fidèles amitiés.

 

 

3) Charles Blanc - Peintres fran‡ais nø 288 -290

Trémolières qui était un beau garçon, de haute taille, d'une figure avenante et distinguée (cf tableau de famille) se faisant applaudir dans les com‚dies où il montrait une bonne éducation et de l'esprit. Il se  fit remarquer de son maître par sa distinction et la finesse de son esprit et de ses camarades par une droiture qui lui valut de fidèles amitié.

 

 

 

 

La veuve de P.C Trémolières (Tibaldi) se remaria peu de temps après le décès de son mari. Elle épousa M. François Labbé, intéressé dans les affaires du Roy. Elle devint veuve pour une seconde fois , vers 1761 et son fils L.P Trémolières subvint à ses besoins jusqu'à sa mort, survenue en 1773 ( 11 Septembre ) à Paris.

 

Annexes

 

Pièces justificatives ( Dossier de famille)

 

Acte de décès de Mme. P.C Trémolières née Tibaldi

Extrait du registre mortuaire de l'Eglise paroissiale de Saint Eustache à Paris

 " L'an 1773, le dimanche 12 septembre , Isabelle, Antoinette, Laure, Eléonore Tibaldi, âgée de 61 ans et trois mois, veuve en première noce du sieur P. Charles Trémolières, Peintre du Roy et de son Académie Royale, adjoint professeur à la dite Académie et en seconde noces de Yves François Labbé, intéressé dans les affaires du Roy, décédée d'hier, rue Neuve Saint Eustache a été inhumée au cimetière Saint Joseph, en présence de Louis Pierre Trémolières, ancien secrétaire du conseil supérieur de Pondichéry, son fils, et de sieur Louis Denis Fossier, dessinateur de l' académie des Sciences, et ont signé "

 

Acte de baptême de Louis Pierre Trémolières

Du Jeudi quatrième octobre 1736, fut baptisé, Louis, Pierre, fils de Pierre Charles Trémolières, peintre du Roy et de Elisabeth Tibaldi, son épouse, rue des Fossés ; le parrain Louis Michel Vanloo, aussi peintre du roy, et professeur de son académie, la marraine Dame  Christine, Anne, Antoinette Soucis épouse de M. Charles Vanloo, aussi peintre du Roy, professeur en son académie royale : l'enfant est né  du jour d'hier et ont signé à la minute.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV /Le Greffier de la Connétablie

 

 

Louis, Pierre, Trémolières, né à Paris le 3 octobre 1736, décédé à Paris à 49 ans en 1785, fils du peintre P.C Trémolières et d'Eléonore Tébaldi. Il fut baptisé à Saint Germain l'Auxerrois, le 4 octobre 1736 et eut pour parrain Louis Michel Vanloo ( frère de J.B. Vanloo) aussi peintre du roy et pour marraine , antoinette Soucis, épouse de Charles  Vanloo, aussi peintre du Roy.

Sa vie fut une longue tragédie pendant laquelle il se montra toujours d'un courage héroïque, une honnêteté scrupuleuse et des qualités morales extraordinaires que la lecture du mémoire qu' il écrivit en 1784, à Ormoy, pour se justifier aux yeux de ses détracteurs, font ressortir avec éclat.

Louis Pierre à la Compagnie des Indes
Le passage de Louis Pierre à Pondichéry est encore aujourd'hui relaté puisque Louis fut là bas secrétaire du Comptoir , ainsi que maître à la loge maçonnique .
Il est aussi cité dans l'Ile Bourbon, aujoud'hui ile de la Réunion, dans les archives des grandes familles de l'époque, sans doute en raison du fait que la famille de sa première épouse devait y être installée.

Voir le parcours de Louis dans l'Océan Indien et les protagonistes de l'affaire qui le ruina !

 

1784 Mémoire pour le sieur Trémolières, beau-frère du sieur Lefébure (Ecrit à Ormoy – Hte Saône)

« Le sieur Trémolières va faire au vrai le tableau de sa situation actuelle.


Jeunesse : 10 ans à la Cie des Indes, à Paris, 1754 – 1764 ; aux Indes :1764- 1771

« Honoré dès sa naissance des Bontés et de la protection de feu Mr le Comte de Caylus qui en avait eu également pour feu son père de l’Académie Royale de peinture que différents historiens tels que Moreri – édition de 1759, et Dargenville, auteur de la Vie des Peintres, édition de 1762, et Pernetti, auteur du Dictionnaire de Peinture, font descendre de famille noble, il (lui, sieur Trémolières) entra en 1754 dans les bureaux de la Compagnie des Indes à Paris, passa à Pondichéry en Mars1764, lors de l’expédition de Mr. Le Commissaire du Roy, pour la reprise de possession des établissements français aux Indes et quitta la côte de Caromandel en 8bre 1771 après la dissolution de la Cie des Indes et après y avoir exercé la place de secrétaire du conseil supérieur de Pondichéry et du Comité, y établi pour la liquidation des dettes, pour raison duquel tems, la Compagnie lui a donné en 1773 un certificat de ses services, pendant 17 ans, tel qu’il le pouvait désirer


1768 : 1er mariage – Delle Dutrevou

« Le dit sieur Trémolières s’était marié en 1768 à une demoiselle Dutrevou de naissance noble, sœur de l’épouse du Sr.(sieur) Lefebure, nommé, à Pondichéry, procureur général. Il devint veuf en 1769 (il eut une fille , Marie-Louise Eléonore Trémolières, qui ne vécut que quelques jours) et resta toujours l’ami du dit sieur Lefebure. De cette amitié est résulté une confiance intime, et à leur séparation en 8bre 1771, ils se sont chargés réciproquement de leurs affaires.

Sa fortune

« La fortune du Sr Trémolières était à cette époque, y compris sa garde-robe et des dettes douteuses, d’environ 150 mille livres, dont rien n’était réalisé, sur quoi il avait à payer en France 20 mille livres.

« Partie de cet avoir était resté à Pondichéry entre les mains du sieur Lefebure, une aute était entre celles du Sr Delestrac son autre beau-frère à Bourbon, et il emporta avec lui la dernière partie en marchandises.

« Arrivé à « l’Isle de France », en Xbre 1771, il y vendit assez avantageusement ses marchandises et celles du Sr Lefebure de sorte qu’il emporta de cette isle, en Mars 1772, en lettres de change des colonies, pour une somme de 64559 livres dont 25100 étaient au Sr Lefebure ; 16623 au Sr Trémolières qui lui avaient été envoyées de Bourbon en acompte par le SrDelestrac et les 22 836 restantes provenant de la vente de ses marchandises.

1772 : Retour à Paris

« A son arrivée à Paris le 1er Août 1772, il apprit que ces lettres de change n’étaient ni acceptées, ni payées : il les garda jusqu’à la fin 1773 qu’il crut bien faire en les plaçant sur le Sr Claissen, ancien Capitaine des Vaisseaux de la Cie des Indes, chevalier de St Louis et Seigneur de Billancourt près Sèvres-lez-Paris, par obligations remboursables en Janvier 1784 avec un léger escompte de 4 559 f. dont la perte pour le Sr Lefebure était de 1800 .. et celle du Sr Trémolières de 2 759 fr. De sorte que le 1er était intéressé dans la dite obligation de 60 mille fr. pour 23 300 et le second pour 36 700 fr.

«  Le Sr Lefébure fut prévenu de ce placement et l’approuva par deux réponses. Le dit C dans l’espérance de recevoir totalité ou partie de ses fonds restés aux Indes et aux Isles entre les mains de ses deux beaux-frères, et ne voyant rien venir par tous les vaisseaux qui arrivaient, mais croyant bien qu’ils ne pourraient lui manquer commit l’imprudence – et voilà sa faute – (souligné dans le manuscrit) de prélever sur les fonds qu’il recevait icy pour le Sr Lefébure, ce qui lui était devenu nécessaire pour acquitter près de 20 000 liv. de lettres de l’Inde, vivre, s’entretenir et subvenir aux besoins de sa mère

(Tibaldi-Trémolières, Labbé) dont il a eu soin jusqu’à son décès arrivé en 1773, depuis plus de 12 ans aux frais de la Cie des Indes. Mais comme on va le voir, il a trop présumé des événements.

« Cette imprudence qu’il ne put réparer puisque ses fonds ne lui rentraient pas, telle lettre qu’il ait écrite tant à Pondichéry qu’aux Isles, est la source de sa déplorable situation, car le Sr Lefébure qui ne recevant ses fonds que par parcelles, soit en nature, soit en marchandises, envoya à Paris en 1777 une procuration à l’effet de faire rendre compte au Sr Trémolières et de recevoir de lui tous les fonds qu’il pouvait avoir. »

1777 : son avoir

« A l’époque du 8 Avril 1777, date de la reddition de ses comptes avec le sieur Détailleur, chargé des pouvoirs du Sr Lefébure, l’avoir du Sr Trémolières consistait réellement comme suit :

« 1° En une maison à Pondichéry qui valait,en 1771, 10 000 roupies pr 24 000 liv

 Elle était louée 50 roupies par mois ou 1440 liv par an, représentant un capital de 28 800 liv. Elle n’a plus été louée que 30 rp. par mois représentant un capital de 17 280 (liv) dont le Sr Lefébure doit compte depuis le 1er - 8r - 1776 jusqu’à la prise de Pondichéry et peut-être depuis ce temps jusqu’à présent.

24 000 l.

« 2° En une pendule de 7 à 8 pieds de haut avec carillon, représentant Persée et Andromède, en très beau bronze et envoyée au Sr Lefébure en 1773, lequel croyant bien faire l’a fait passer chez les Anglais à Madras, quoiqu’il n’y fut pas spécialement autorisé. La valeur de cet objet est portée sur la facture 12 000 liv .

12 000 l.

« 3° Et en marchandises restantes à Pondichéry que le Sr Lefébure s’était chargé de retirer d’un nommé Soueraara, marchand indien pour 23 010 roup. Ou 5 544 livres.

5 544 l.

_______

41 544 l. Fonds du Sr Trémolières existant à Pondichéry au 8 Avril 1777 = 41.544 livres


« 4° Les fonds que lui restait devoir, à Bourbon, le Sr Delestrac, son beau-frère, 37 332 l. étaient de 37 332 liv.

----------

78 876 l.

5 147 l. « 5° Il lui était à l’Isle de France par les Sr de Morigny et Stierling, 5 147 liv. et 36 700 l. la part qu’il avait dans l’obligation de 60 mille livres du Sr St Claissen. 36 700 liv.

-----------

120 723l . «  Montant de l’actif du Sr Trémolières au dit jour 8 Avril 1777 cy 120.723 liv.

«  A la dite époque, le dit Sr Trémolières, lors de la reddition de ses comptes avec le Sr Lefébure se trouvait avoir reçu pour lui, une somme de 111.572 (au 4.1) d’où se déduisait la dépense de 39 727 (au 2.4). Il restait donc devoir un capital de

71 845 l. 71 845 l. (au 1.9).

« Le sieur Destailleur, fondé de pouvoir du Sr Lefébure, d’après les demandes de ce dernier et pour l’indemniser du retard de ses fonds, à raison de différentes époques où il aurait dû les recevoir, exigea du Sr Trémolières, des

10 354 l. intérêts aux taux de l’Inde de 8%, ce qui augmente la dette de 10 354 (au 18.3).

82 200 l. « Nouveau capital dû au Sr Lefébure par le Sr Trémolières : 82 200 liv.

36 700 l. « Le dernier offrit en payement sa part dans l’obligation du Sr Claissen de 36 700l.


45.500 l. « Il restait donc devoir 45.500 livres.

« Le tout apert aux comptes arrêtés doubles entre lui et le dit Sr Destailleur, fondé de pouvoir que le dit Sr Trémolières  pourrait exhiber au besoin.

« Pour s’acquitter de ces 45 500 l. il promit de donner 20 à 25 500 l. sur les fonds qu’il attendait de Bourbon en 1777, et pour le restant de 20 à 25 500 l. il laissa au Sr Lefébure la liberté de se payer par 2 mains ( ?) sur les 41 544 l qu’il avait à Pondichéry, en Avril 1777.

« Le jour pris pour signer l’obligation chez Goullet, notaire, le Sr Destailleur fit joindre aux 82 200 L. par le Sr Trémolières au Sieur Lefébure, la part de 23 300 l. que ce dernier avait dans l’obligation du  Sr Claissen, ce qui rendit le

100 000l. Sr. Trémolières débiteur d’une somme de 105 500 l, il prit en acompte la dite 60 000 l. obligation en entier, dont il rendit garant le dit Sr Trémolières, cy 60 000 l.

45 500l. « Au moyen de quoi ce dernier restait devoir, comme cy dessus, 45 500 l.

« Le Sr Trémolières fit ses observations ; il n’y fut fait aucun égard et il se trouva obligé d’en passer par où l’on voulut. Dans le fond, ne pouvant présumer le non payement des arrérages de son obligation de 60 000 livres, causé par la faillite du Sr Claissen, ni les pertes qu’il a essuyées depuis, il crut pour sa tranquillité et celle de sa famille, devoir souscrire à cet arrangement, parce qu’à son avoir de 120 723 l. qu’il croyait posséder en Avril 1777, joignant les dites 23 300 l. que lui devvait de plus le dit Sr Claissen, il se trouvait un capital de 144 023 livres pour payer les 105 500 dus au Sr Lefébure.


2ème mariage

31 Mai 1774 « Le Sr Trémolières dans l’espérance de recevoir toujours ses fonds de 6 en Melle Lambermont 6 mois depuis le 1er Août 1772, date de son arrivée à Paris et croyant

ensuite pouvoir se procurer un état honnête, avait épousé le 31 May 1774, une nièce du Sr Delongchamp, greffier au siège de la Connétablie du Palais.

« De cette époque, et même depuis le 1er Août 1772, jusqu’en Février 1777 qu’il trouva à acquérir l’office de Greffier en chef au dit siège de la Connétablie, il n’avait d’autres moyens pour subvenir aux dépenses qu’il croyait pouvoir faire, que quelque argent qu’il avait à son retour de l’Inde et son intérêt des 36 700 l. dans son obligation de 60 000 l. dont il avait toujours été payé, à la vérité, difficilement et comme il l’a déjà dit, eut l’imprudence de remplir les engagements qu’il contractait, en prenant sur les fonds du Sr Lefébure.

1777 «  Dans la position où il se trouvait alors, il lui était bien impossible Emprunts d’acquérir sans fonds cet office de Greffier en chef de la Connétablie dont il vient pour achat de de parler. Mais un de ses parents vint à son secours et lui fit trouver, chez son

la Connétablie notaire, 12 000 l. en rentes viagères, qui depuis ont été échangées en un contrat à

constitution de rente perpétuelle à 5% avec privilège et caution du Sr Delongchamp

12 000 livres oncle et tuteur de son épouse cy ……. 12 000 livres »


_______________________________________________________________________________

Note : Deux pièces de comptabilité du dossier familial concernant le greffe de la Connétablie sont signées de Trémolières. Cette constatation suffit à prouver que ses descendants ont droit à la particule.


« Ce même parent lui a aussi prêté, avec privilège, et remboursable au 5 Avril 1781, sur les biens de son épouse cautionnés par le Sr Delongchamp, une

18 800 somme de 18 800 l.

30 800 «  Il emprunte sur deux billets en deux articles 10 mille l. (livres) payables

10 000 en 1777 à 6%.

40 800 «  Total : 40 800

« Le dernier article de 10 mille l. était nécessaire au Sr Trémolières tant au Pot de Vin de son office, et aux frais de sa Réception, que pour couvrir une perte de 3000 livres qu’il essuya sur un de ses effets que lui avait donné son parent.


1777 : Répit « Ce ne fut qu’à cette époque de Février 1777 que le Sr Trémolières qui

Etait sans état depuis 1772, commença à jouir d’une vie plus tranquille avec sa famille et qu’il eut quelque espoir de la rendre plus aisée, par la rentrée de tous ses fonds, sur lesquels il comptait s’acquitter envers le Sr Lefebure. Mais les événements qui en ont autrement décidé, l’ont fait vigoureusement se ressentir de son imprudence.

Pertes « On a déjà vu que le Sr Trémolières a perdu sur les fonds placés sur le Sr Claissen

2 759 une somme de 2 759 ; il a perdu, comme aussi il a été dit, 3 000 sur un effet que

lui avait donné son parent, pour acquérir son office de Greffier en Chef de la Connétablie, lequel, déduction faite de toute charge, pouvait lui donner net 4 à

3 000 5 000 par an cy……..3 000, il a perdu sur les fonds qu’il attendait de l’Isle de France, 1 920 (l.) provenant d’un billet de (illisible) par le Sr Stirling qui se trouve

1 920 insolvable, cy 1920, il a perdu 1777 (l.) sur les fonds qu’il attendait de Bourbon, cy 1777 L.

1777 Total de ses pertes : 25 457 l. »

25 457

« Sur les fonds qui lui parvinrent de Bourbon en 1774, en 500 balles de café et une lettre de change de 2 264 l. pour solde, loin de lui apporter quelques bénéfices et même de lui représenter son capital de 37 332 l., il essuya la perte cy dessus de 1777 livres, qui réduit ce capital à 1 955 l. ainsi qu’on va le voir.

7 568 « 1° 7 568 l. portées en dépense dans le compte rendu par Mr Virieux, greffier du

conseil à Bourbon, chargé spécialement de faire payer le sieur Delestrac, tant pour frais de cafés que pour commission et escompte de la lettre de change.

10 210 « 2° 10 210 L. portées en dépense dans le compte rendu par Mr Quenot de Lorient 17 778 pour avoir commission, droits et divers frais que la vente des dites 500 balles de café ont occasionné.

« Au moyen de ce que le Sr Trémolières ne reçut sur cet art(icle) comme on vient de le voir que 19 554 l., il ne peut donner au Sr Destailleur pour le compte du Sr Lefébure que 10 294 l. ayant eu un billet de 7 000 l. à payer avec les intérêts de 6%.

Poursuites « C’est dans cette position que le Sr Destailleur ne recevant en acompte des judiciaires 45 500 l. que 10 294 au lieu des 25 000 promises, et par une suite d’infortunes, le contre le Sr Claissen e lui ayant pas payé les intérêtes des 60 000 livres depuis Janvier 1777, Sr Trémolières malgré les poursuites qu’il fit contre lui, traduisit le Sr Trémolières en justice réglée.

« Les procédures commencèrent au Châtelet sur la fin de 1777 et finirent au parlement avant les fêtes de Pâques 1778.


1778 – Naissance de Louis Jules Trémolières

Officier des Postes sous Napoléon I

«  Ce dérangement d’affaires nécessita la dame épouse du Sr Trémolières à provoquer et poursuivre sa séparation de biens. D’un autre côté le Sr Trémolières se défit de la totalité de ses meubles après avoir payé son terme et résilié le bail de l’appartement qu’il avait rue Guénégaud en le cédant à un ami, d’accord avec le propriétaire. (cf. note)

Sombres pressentiments

« Le Sr Trémolières ne devait trouver dans le prix de ce mobilier qu’une légère ressource pour les premiers besoins de sa famille, dans le cours de l’orage qu’il voyait se préparer sur sa tête. Il espérait encore que le Sr Destailleur, fondé de pouvoir du Sr Lefébure lui donnerait du temps. Son épouse fut demeurer avec deux enfants qu’il avait pour lors, et sa domestique, chez le dit Sr Delongchamp, son oncle, logé à l’hôtel de Bouillon, et lui, Sr Trémolières trouva un asile chez sa Tante (Naulin) rue Christine.

«  En effet, le Sr Destailleur, fondé de pouvoir, ne pouvant plus mettre la main sur les meubles du Sr Trémolières dont il avait disposé, écouta quelques propositions , et après bien des pourparlers de part et d’autre, le sieur Cordelier, son neveu, au nom de qui les procédures et obligations avaient été faites, souscrivit le 25 Juin 1778 à un arrangement provisoire.

«  Cet arrangement était une main-levée pure et simple de toute saisie exécutoire, et un délai de 3 ans, sous condition que le Sr Trémolières donnerait chaque année une lettre de change de 1 566 l. payable au 31 Xre pour les intérêts de 35 205 L. qu’il restait devoir sur les 45 500 l. par l’acompte de 10 294 l. qu’il avait donné et que le Sr Claissen fournirait des lettres de change, tant pour les intérêts échus depuis le 1er Janvier 1777, terme du remboursement de son obligation de 60 mille livres.

« L’accord convenu a été exécuté et les lettres de change en question furent remises, dont la 1ère de 4 500 L. du Sr Claissen était payable le 20 9bre 1778 pour dix huit mois dûs et échus au 30 juin précédent. Les autres de chacune 1 500 l. étaient payables de 6 mois en 6 mois jusqu’au 31 Xbre 1780 et la 1ère du Sr Trémolières de 1566 était payable au 31 Xbre 1778.

Séparation de Biens :

A la rue Git-le-Cœur « Après ce traité fait double, la Dame Trémolières qui avait obtenu une

sentence de séparation de Biens, trouva des secours dans sa famille. Elle prit un appartement rue Git-le-Cœur : le bail fut passé en son nom comme femme séparée de biens. Elle racheta quelques meubles d’un tapissier et quelques couverts d’un orfèvre dont les quittances furent faites par devant notaire.

Arrivée de son beau-frère Lefebure

« Dans ces entrefaites, le Sr Lefebure est arrivé de l’Inde d’où il est parti, son état lui ayant été ôté, sans avoir reçu les nouvelles que le Sr Destailleur, son fondé de pouvoir, données, résultantes de sa procuration, ni ce que lui en avait écrit le Sr Trémolières.

« La position du Sr Lefebure était d’autant plus triste à son arrivée à Paris, que n’ayant pu se persuader de la vérité des lettres à lui écrites précédemment par le Sr Trémolières, il croyait trouver au moins 80 000 livres entre les mains de son fondé de pouvoir et qu’il n’a pu, sans beaucoup de peine, faire face à des engagements qu’il a contractés à son départ de Pondichéry.

« Le délai de 3 ans dont on a parlé ci-dessus ne pouvait tenir qu’autant qu’il serait fait honneur aux lettres de change, et comme le Sr Claissen n’a pas payé à l’époque du 20 7bre 1778 la 1ère de 4 500 l., le Sr Lefebure a menacé le Sr Trémolières de reprendre les poursuites suspendues et de les continuer avec la plus grande vigueur et sans nulle relâche.

« Le Sr Trémolières essaya en vain de lui faire parler par différentes personnes, de lui montrer l’état de ses pertes et de l’assurer qu’il n’avait pus que les revenus de son office, sur lesquels il lui offrit 2 000 l. par an. Il ne voulut rien entendre et recommença ses poursuites sans doute à l’instigation du Sr Destailleur.

Pertes « Que l’on juge de la position du Sr Trémolières :

25 457 On a déjà vu qu’il avait perdu jusqu’en 1777 une somme 24 457 l. Ajoutons y son capital qu’il avait dans l’Inde en 8bre 1771 qui se trouvera peut-être réduit jusqu’à

41 544 rien, 41 544 L. et l’obligation de 60 mille l, plus les intérêts de la dette pour 1777,

60 000 1778 et 1779 et ceux du capital de l’Inde de 1771 à 1779, déduction faite des loyers

21 177 reçus à compte par le Sr Lefebure, cy 21 177 l.

148 179 L. « Total : 148.179 livres.

« Après une pareille perte de 148.179, car, il le répète, il regarde son obligation de 60.000 l. entièrement perdue, ou peu s’en faut, ainsi que son capital de l’Inde, presque réduit à rien, avec les majeurs du temps, perte qu’il n’a faite que depuis l’arrêté de ses compte avec le Sr Lefebure, peut-il s’acquitter aujourd’hui des sommes considérables qu’il lui doit.

71 845 « Par ce qui a été dit cy dessus, on a vu que le capital réel dû au Sr. Lefebure

10 294 était de 71 845, sur quoi il a été payé en acompte 10 294 l. restant dus sur les 61 551 L. capitaux dus au Sr Lefebure : cy 61 551 l.

« Les capitaux que le Sr Trémolières a perdus sont en 3ème article, comme il est dit cy-contre :

1° 24 457 en 4ème art.

2° 41544 effets à Pondichéry

3° 36 700 sa part dans l’obligation de 60 000 l.

103 701 total

61 551 capital du Sr Lefebure à déduire

42 150 perte plus forte en capitaux que ceux dus au Sr Lefebure .

«Calcul des Intérêts

« Les articles cy après dont le Sr Trémolières est débiteur envers le Sr Lefebure sont indépendants de l’argent réel qu’il lui doit, savoir :

1° Les intérêts à 8% cités au commencement de ce mémoire …………. 10 354

2° Sa part dans les 60 000 L …………………………………………… 23 300

3° Les intérêts de la dette pour 8 ans échus au 31 Xbre 1779 ………….. 9 000

4° Ceux de 35 205 pour 1778 et 1779 …………………………………. 3 132

4 578

A déduire, la lettre de change de 1 566, payée par le est débiteur envers le Sr Trémolières pour 1778 …………………………………………………… 1 566

Il reste devoir, en intérêts au 31 Xbre 1779 …………………………… . 44 220 L.

Le dit Sr Trémolières  doit donc au Sr Lefebure aux termes de ses obligations au 31 Xbre 1779, en capital réel ……………………………………………… 61 551

en capital fictif ………………………………………….. 33 654

en intérêts à 4 760 par an (sauf les impositions)………….. 12 132

107 337 L.

« Si le dit Sieur n’avait pas perdu depuis 1777 tant en capitaux qu’en intérêts échus au 31 Xbre 1779, les sommes détaillées en l’autre part, et montant à 148.179, il se serait trouvé avoir audit jour 31 Xbre 1779, après avoir acquitté les 107 337 ci-dessus , dus au Sr Lefebure une somme nette de 40 842 l.

Calomnies « Voilà le tableau au vrai de la situation du Sr Trémolières quoiqu’en

publie pourtant le Sr Lefebure qui soutient qu’il a, malgré ses pertes sur lesquelles il élude, de l’argent caché et que c’est par mauvaise volonté, pour ne pas dire plus, qu’il ne veut pas le payer.

«  De fait, peut-il se concevoir, et peut-il tomber sous le sens commun, qu’un homme domicilié, ayant femme et enfants, un Etat honnête, qu’il avait à cœur de conserver, puisse de gaité de cœur s’exposer à être timpanisé de tribunaux en tribunaux, à perdre son état et à recevoir les humiliations et les chagrins qu’un créancier outré, et qui ne veut entendre à rien, peut faire essuyer à son débiteur.

«  Si le Sr Trémolières était capable d’un tel procédé, et d’avoir de l’argent caché, quel aurait été son projet de donner au Sr Détailleur fondé de pouvoir, la somme cy dessus dite de 10 294 L. à mesure qu’il recevait de Lorient le produit de ses cafés ? Quel aurait été son projet de souscrire à une lettre de change de 1 566 L. pour des intérêts et de la payer à son échéance ?

« On ne finirait pas les réflexions que l’on pourrait faire à ce sujet ; il vaut mieux s’occuper des poursuites continuées par le Sr Lefebure contre le Sr Trémolières et son épouse.


Pousuites « Ces poursuites ont eu deux objets :

La vente des meubles de la Dame Trémolières parce qu’il prétendait faire annuler sa séparation comme collusoire.

La saisie réelle de l’office de greffier en chef de la Connétablie dont été pourvu le Sr Trémolières.

«  Pour parvenir à la vente des dits meubles, qui font le 1er objet, Le Sr Lefebure obtient une ordonnance de Mr le lieutenant civil rendue sur référé, à la fin de 1778, portant qu’il ferait recoller les meubles déjà saisis et par continuation saisir tous les meubles et effets quelconques garnissant l’appartement de la Dame Trémolières, sis rue Git-le-Cœur desquels la dite Dame demeurerait gardienne, ce qui a été fait. Il a demandé ensuite communication des titres de la séparation, d’après lesquels, et quelques meubles à peu près semblables à partir de ceux anciennement saisis, il a conclu à la nullité de la séparation, et par conséquent à la vente de tous les dits meubles et effets saisis en vertu de la dite ordonnance sur référé de Mr le lieutenant civil.

« Cette instance a été pendante au Châtelet jusqu’aux vacances de 1779 après avoir été portée à l’audience, il a été ordonné un appointement à mettre : le Sr Lefebure n’a point fait lever cette sentence d’apointé et n’a rien fait signifier de nouveau à la Dame Trémolières, en sorte que l’affaire a esté toujours indécise jusqu’en 1780 qu’il a été passé transaction, de laquelle il sera cy après parlé.

« Le second objet des poursuites du Sr Lefebure était la saisie réelle de l’office de Sr Trémolières : mais il ne put venir à bout de son dessein, comme il le voullait, parce que cet office avait été réellement saisi en 1778 à la requête du Sieur La Bronie, auquel le Sr Trémolières devait alors 3 000 l, dettes faisant partie des 10 000 l qu’il avait emprunté en Fev 1777 lors de l’acquisition de son office.

«  Le dit Sr Lefebure et son conseil prétendant que cette saisie réelle était aussi collusoire, a intenté un procès à ce créancier de 3 000 l, en demandant la radiation d’icelles. Ayant été débouté de cette demande, il n’a vu d’autre parti pour se faire subroger que de lui faire offrir juridiquement de lui payer ce qui lui restait dû, sur son titre obligatoire de 3 000l. sur lequel il avait été donné différents à-comptes montant à 2 000 l.

«  S’il y avait eu dans cette affaire de la collusion, comme le prétendait le Sr Lefebure, il n’aurait pas été parlé dans le cours de cette procédure les dits acomptes de 2 000 et le créancier aurait encore pu gagner du temps, mais pour prouver au Sr Lefebure la vérité des faits, son offre fut acceptée et le dit créancier fut payé en Juillet 1779 des 1000 l. qui lui restaient dues et de 63 l. de frais.


Vente de l’office de greffier de la Connétablie

En faveur du Sr Delongchamp fils, neveu du Sr Trémolières

« Le Sr Trémolières n’eut ensuite d’aute parti à prendre que de rendre lui-même son office, en ce qu’il était de son honneur de ne rien faire perdre à ses deux créanciers privilégiés qui lui avaient prêté 30 800 l. pour l’acquisition de son dit office.

«  Dans cette entrefait, le Sr Lefebure à qui l’on n’avait pas caché que le Sr Trémolières vendrait son office, avant qu’il ne put l’y forcer, donna un mémoire conte lui à Mr le lieutenant général de son siège. Ce juge, après avoir plaint la situation des deux parties, ne put que renouveler au Sr Lefebure, les offres qui lui avait fait le Sr Trémolières qui étaient de lui donner 2 000 l. par an sur les revenus de son office, en recompte des c apitaux seulement, se désistant des intérêts et de lui abandonner ses espérances, tant sur le Sr Claissen, que sur ce qu’il avait encore à Pondichéry et à l’Isle de France ; pour lesquels deux derniers objets, le Sr Trémolières a renouvelé en 1778 au Sr Lefebure, les procurations qu’il lui avait envoyées en 1777 : en conséquence desquelles il a été payé à l’Isle de France de 3 227 l. pour l’artcle dû par le sieur de Marigny.

« Mr le lieutenant général, ni Mr le Procureur du Roy au siège de la connétablie, n’ayant rien pu obtenir du Sr Lefebure, le Sr Trémolières s’est vu dans la fâcheuse nécessité de faire le traité de vente de son office qui fut passé le 22 Juillet 1779 chez Mr. Alleaume notaire, moyennant le prix et somme de 32 640 l. au Sr Delonchamp , dont il est déjà parlé plus haut.

« Le Sr Lefebure qui ignorait ce jour de vente, fit signifier le 23 Juillet son titre de subrogation à la saisie réelle, le paiement fait des 1000 l. et l’opposition à passer traité, en conséquence de l’Edit de 1683. Mais cet acte a été signifié trop tard, puisque le traité de vente avait été fait la veille. Le sieur Delonchamp père, en faveur de qui cet acte était passé, déclara qu’il ferait mettre au nom de son fils, les provisions qu’il en a obtenu, passées seulement à charge d’opposition, en sorte que le sieur Delonchamp fils a té reçu au dit office le 3 Août 1779.

« Le sieur Trémolières a aussi déclaré la même chose, mais nonobstant ce, le Sr. Lefebure a fait remettre au greffe de la connétablie la saisie réelle de cette office dans l’intention de plaider contre le Sr Delonchamp père, nouvel acquéreur, à l’effet de faire annuler le dit traité de vente et la réception de son fils sous prétexte qu’il y avait aussi collusion et que le Sr. Trémolières avait vendu son office beaucoup plus que la somme de 32 640l qi est le prix de la fixation sauf 240l qui restent toujours de greffier à greffier en dépôt au greffe du siège.

« Mais le Sr. Lefebure s’étant consulté sur l’idée qu’il avait de faire un procès aussi chimérique et voyant qu’il ne tournerait pas à son avantage, a consenti sur une sommation du sieur Delonchamp père, à recevoir le reliquat de 1517l 15d qui lui restait entre les mains après avoir payé 30 800l aux deux créanciers privilégiés et avoir retenu 82L 5d pour divers frais.

« L’acte fut passé chez Alleaume, notaire le 6 – 9bre- 1779, par lequel le Sr. Lefebure a donné main levée de toute opposition sur la saisie réelle, et a déclaré, sur les 1517l se remplir des 1063l qu’il a cy devant payé au sieur La Broui, créancier des 3000l, comme aussi a fait remettre au Sr. Trémolières son obligation de la dite somme, et le dossier des procédures faites à ce sujet.

« Au moyen de cet arrangement, il est resté au sieur Lefébure une somme de 454L 15 sur laquelle est à imputer sur ce qui lui est dû, tant en capitaux qu’intérêts et frais ainsi que celle de 600l, payée en 1778 au sieur Destailleur par le sieur Claissen et celle de 3 287 impayée à l’Isle de France par le Sr. De Marigny. Les dites trois sommes faisant celle de 4 281l 15d.


Déménagement de la rue Git-le-Cœur

« La Dame Trémolières voyant alors son mari sans état, et n’ayant plus que les revenus de son patrimoine et quelque peu d’argent amassé par son économie, n’eut d’autre parti à prendre pour s’ôter un loyer de près de 600l, que de donner congé et de chercher à résilier son bail de son appartement, rue Git-le-Cœur, à quoi elle a été assez heureuse de réussir.

« Elle accepta donc l’asile offert par l’amitié, où elle demeura provisoirement avec son mari et ses enfants. Elle sous-loua ensuite un atelier clôt où elle fit mettre en dépôt tous les meubles et effets saisis, à la requête du sieur Lefebure, et pour preuve de sa bonne foi, elle lui fit signifier juridiquement ce qu’elle comptait faire à ce sujet, en lui désignant en même temps, l’endroit où se devait faire le dit dépôt.

« N’ayant pas, pour des raisons particulières, conservé longtemps l’asile que lui avait prêté son ami, elle se trouva obligée de louer un appartement qui était vacant, rue du Paon, où elle entra en Octobre 1779 en y mettant le plus simple nécessaire en meubles, jusqu’à la fin de son procès avec le Sr.Lefebure que depuis elle a poursuivi en son nom, vu le silence opiniâtre du dit sieur.

Transaction

« Enfin les dits Sr. Lefebure et Dame Trémolières, désirant être hors des liens de ce procès, l’un ayant tant à craindre que l’issue ne lui soit pas avantageuse, l’autre voulant être assurée sur la propriété de ses meubles et effets, ont fait après différents pourparlers, une transaction sur procès par laquelle le Sr. Lefebure recevait 1 200l à imputer sur les capitaux, intérêts et frais dus par le Sr. Trémolières ainsi que les frais de l’instance, montant à 146l 13 et reconnaissait pour cela la séparation bonne et valide et la propriété des meubles être à la dite Dame Trémolières, ce qui a été exécuté de part et d’autre par acte passé le 1er Mai 1780, devant Alleaume, notaire à Paris.

« La Dame Trémolières acquérant par cet arrangement plus de tranquillité d’esprit, et n’ayant plus rien à craindre du Sr. Lefebure a disposé des meubles qui ne lui étaient plus nécessaires pour en payer les 1340l qu’elle venait d’emprunter pour satisfaire à l’acte de transaction.


Espoir – 1780

« Sur la fin de la même année 1780, la Providence sembla venir à son secours en procurant à son mari un travail régulier qui lui procura pour le moment 1200l par an.


1781 – Adjoint à la liquidation du duc de Bouillon

« La Direction des créanciers de feu Mr. Le Duc de Bouillon était depuis le 24-8bre-1771, date du décès de ce dernier, restée comme dans l’inaction. Mr Samaria, avocat, l’un des syndics, se mit à la tête du travail qu’exigeait la connaissance de tout le passif et demanda un adjoint. Feu Mr. Marchand, surintendant des maisons et finances de Mr. le duc de Bouillon actuel, lui donna le Sr. Trémolières, qui a été occupé pendant 1781 et 1782 à la confection de ce travail. Mr. Samaria fut satisfait tellement du dit Sr. Trémolières que la seconde année il lui fit donner 1800l, et lui promit, à la fin du travail une gratification de 90 Louis et l’agence pour travailler au recouvrement de l’actif de cette succession. Cette perspective jointe aux espérances qu’il avait de joindre quelque autre ouvrage utile, flatta d’autant plus le Sr. Trémolières qu’il devait se trouver bientôt à même de faire subsister sa famille sans faire de nouvelles dettes et sans se voir sous la dure nécessité de prendre sur les biens dotaux de son épouse.

« Le sieur Lefebure se trouvant en 1782 dans l’embarras fit demander 1200l au Dr. Trémolières qui lui fit répondre que son travail joint au patrimoine de son épouse, déjà diminué de 100 louis, lui suffisait à peine pour vivre avec sa famille et que la chose lui était impossible. Sur les menaces qu’il lui fit faire, le Sr. De Longchamp père, ne demanda pas mieux que les donner comme de raison, en déduction du bien dotaux de sa nièce, la Dame Trémolières, mais aux conditions de laisser, par acte sous signature privée, le Sr. Trémolières tranquille jusqu’à ce qu’il ait un sort plus aisé, ainsi que le dit Sr. Lefebure, en avait donné sa parole dans une lettre qu’il écrivit à ce sujet à un ami commun. Mais le dit Sr. Lefebure refusa formellement ces 1200l sous prétexte que l’on lui faisait la loi, il menaça le Sr. Trémolières du ministre et de ses protections de lui f aire perdre son emploi et tout autre qu’il pourrait avoir par la suite et de le poursuivre en tel endroit qu’il puisse aller.


1782 ( ?) – Naissance de Anne-Louise Julie Trémolières

« Cet incident forçat le Sr. Trémolières à s’ouvrir de ses malheurs au Sr. Samaria qui lui dit d’être tranquille et de compter sur ses promesses, lesquelles ne furent cependant pas effectuées car à la fin de 9bre 1782 après avoir fini le passif de la Diection de Bouillon, il se vit privé de l’agence à laquelle les syndics et directeurs assemblés trouvèrent inutile de nommer pour le moment, et sa gratification fut réduite à 25 louis au lieu des 50 promis.


Février 1783 - Départ de Paris

« Les Sr. et Dame Trémolières, accablés sous le poids de cette nouvelle infortune se décidèrent à se retirer dans une province où ils pussent vivre avec leurs trois enfants sur le simple revenu de la Dame Trémolières sans faire de nouvelles dettes.



Séjour à Ormoy « Ils profitèrent d’un asile qui leur fut offert par un ami, résilièrent le bail

de leur appartement situé pour lors rue St Hyacinthe, vendirent tous leurs meubles,

payèrent toutes leurs lettres courantes et quittèrent Paris, en Février 1783, pour se fixer à Ormoy (1), village de Franche Comté où ils sont depuis ce temps.


« Telle est la position au vrai du Sieur et Dame Trémolières, sans état, ni fortune et ce par la dureté mal entendu de leur créancier. »


Résumé de ce mémoire

« On a vu que les sieurs Lefebure et Trémolières sont beaux-frères, qu’ils étaient chargés réciproquement de leurs affaires d’intérêt, que le Sr. Trémolières n’a eu l’imprudence de prendre sur les fonds du Sr. Lefebure que parce qu’il comptait toujours recevoir les siens de six mois en six mois.

« Qu’en avril 1777, époque de la reddition de ses comptes au Sr. Destailleur, fondé de pouvoir du Sr. Lefebure, il ne devait en capitaux que 71 845l que par son obligation passée chez Gaullet, notaire, il n’a souscrit à 10 350l d’intérêt à 8% que pour prouver sa droiture et se punir de son imprudence, et qu’il ne s’est chargé des 23 3000 provenant de l’intérêt du Sr. Lefebure dans l’obligation du Sr. Claissen de 60 mille livres, que parce que la faillite de ce dernier n’était pas à présumer, qu’à cette époque d’Avril 1777, son avoir de 120 723l existait en son entier. Les Anglais n’avaient pas pris Pondichéry, ses cafés étaient à Bourbon et le Sr. Claissen lui payait exactement les intérêts de son obligation de 60 mille livres. dont il créditait le compte du Sr. Lefebure pour sa part des dites 23 300 livres.

10294 L « Qu’à cet avoir de 120 723 l joignant les dites 23.300l faisant ensemble

1566 144 023l, il pouvait bien se rendre débiteur envers le Sr. Lefebure de 105 500l.

3227 « Que depuis cette époque d’Avril 1777, il a payé au dit Sr. Lefebure en

600 acompte tant sur les capitaux qu’intérêts et frais en articles différents, une somme

1200 de 17 488l 8d

146.13 « Que depuis la même époque de 1777, il se trouve avoir perdu tant en

454. 15 capital qu’intérêts échus en Xbre 1779 une somme de 148 179; qu’il lui a été

17488 8 impossible par conséquent de payer au Sr. Lefebure celle qu’il lui devait aussi en Xbre 1779 montant pour capitaux et intérêts à 107 337l

« Qu’il a tout abandonné au Sr. Lefebure soit son obligation de Sr. Claissen, soit son avoir dans l’(…) et qu’il lui a même offert 2000l par an sur son office, qu’il lui a fait perdre sans en retirer aucun avantage réel.

Conclusion  «  Les personnes qui voudront bien prendre communication du présent

Mémoire sont priées après l’avoir lu avec attention, d’être persuadées que tous les faits y détaillés sont dans la plus exacte vérité.

« On a oublié de dire que le sieur Lefebure ignorant le départ de Paris du Sr. Trémolières et de sa famille, lui écrivit une lettre le 3 Mai de cette année (1783) par laquelle il lui demandait encore une somme de 10 louis, vu le besoin urgent qu’il en avait qu’il en avait et les espérances que lui, Sr. Trémolières lui avait données, de lui faire toucher quelque argent, si par la suite son sort s’améliorait comme il le comptait, mais la fâcheuse position actuelle du Sr. Trémolières étant

______________________________________________________________________________

(1) Ormoy, village de la Haute-Saône, canton de Jussey (450 habitants, 1938) sur la Saône canalisée, à 12 km de Jussey, 42 de Vesoul. Alt. 228 m.

un empêchement réel à souscrire à la nouvelle demande du Sr. Lefebure fit que la dame son épouse profita de ce que son mari était absent pour quelques jours et écrivit en réponse au dit Sr. Lefebure l’état dans lequel sa conduite mal entendue envers elle et son mari, l’avait réduit ; en sorte que depuis ce temps le dit Sr. Lefebure a gardé le silence vis-à-vis du Sr. Trémolières qui désire bien qu’il le puisse toujours garder, ou au moins jusqu’à ce que des événements favorables puissent le mettre à même de s’acquitter envers lui, en tout ou partie de ce qu’il lui doit tant en capitaux qu’intérêts et frais. » 

- Fin-

______________________________________________________________


Je copie en entier ce mémoire, qui bien que contenant des discussions de procédure et des chiffres, qui le rendent parfois monotone, nous fait assister à un drame qui ne se termine qu'avec la mort de son acteur. Il nous explique le caractère de son fils  Pierre, Fran‡ois Trémolières, président du tribunal civil de Besançon. Le malheur avait forgé l'âme de ce magistrat qui a laissé le souvenir de l' honnête homme au sens ancien de ce terme.

 

 

 

Au milieu de 1785 ( 13 Juillet), le Sieur Trémolières mourut à Paris, à l'âge de 49 ans , rue des Saints Pères, alors qu' il s'était rendu dans la capitale pour ses affaires.

Restée Veuve à Ormoy, avec ses enfants, la Dame Trémolières ne tarda pas à épouser Charles Louis Elisabethe Ali , probablement l'ami près duquel elle avait trouvé asile avec son mari.

Le Sieur Ali était le descendant de l' un des fils d'un bey africain, pris dans une guerre, sous Louis XIV, contre les pirates et les barbaresques et emmené en otage à Versailles, où il avait servi de page au grand Roy. Il était écuyer ( noble) et avant la Révolution, seigneur engagiste ( celui qui affermait) les droits honorifiques du domaine du Roy, à Ormoy, où il résidait, ainsi qu' en témoigne, un document des papiers de famille, par lequel il est chargé de convoquer les délégués de la généralité de Vesoul, qui désigneront les députés aux Etats Généraux de 1789. Il fut plus tard maire d' Ormoy et c'est en cette qualité‚ qu' il signe comme témoin au mariage du président Trémolières à Besançon. De son union avec la dame Trémolières, il eut un fils qui , croit-on, devint officier !

Le 28 Janvier 1789, la dame Trémolières-Ali mourut à l' age de 33 ans. Le Sieur Ali qui en avait 39, se trouvait dans l'obligation de subvenir aux besoins de 4 enfants, dont l' ainé Pierre François Trémolières ( le président futur) était agé de 14 ans, c'est alors qu' il écrivit en faveur de ses beaux enfants, le mémoire dont il est fait mention dans cet historique, espérant obtenir des subsides pour les petits enfants du peintre du Roy, n' ayant pas reçu de réponse  favorable, il resta seul pour les élever.

 

 

 

 

 

 

 





Les Trémolières en Franche Comté

                                 Le Duc de Broglie dans ses mémoires cite sa rencontre avec François Trémolières à Ormoy en 1793 , dans le tout début de ses souvenirs .


"Souvenirs - 1785-1870 - du feu duc de Broglie"


Page 14/15


Mon arrière-grand'mère était morte ; Saint-Remy appartenait à ma mère; c'est là que nous avons passé, mes sœurs et moi, toute l'année 1793, et la première moitié de 1794. C'est là que mon père a été arrêté, conduit dans la prison de Gray, puis enfin traîné à Paris, et livré au tribunal révolutionnaire. C'est là que ma mère a été arrêtée, conduite à la prison de Vesoul, d'où elle s'est heureusement échappée.
Je me souviens très distinctement des premiers temps passés à Saint-Remy par mes parents. Je me souviens de l'arrivée des ordres d'arrestation. Ces ordres ne furent point exécutés de vive force. Mon père et ma mère délibérèrent, en ma présence, dans un cabinet que je vois d'ici et qui leur servait de salle à manger, sur la question de savoir s'ils obéiraient, et prirent librement ce dernier parti.
Comment cela fut-il possible à pareille époque ?
Je l'ignore. Mais, sur le fait lui-même, je n'ai aucun doute.
Mon père s'étant constitué prisonnier à Gray, etma mère à Vesoul, nous restâmes, mes sœurs et moi, confiés à des domestiques. Un homme excel lent, M. Ali, habitant d'un bourg nommé Ormoy,et situé à quelques lieues de Saint-Remy, me prit chez lui pendant quelques mois ;
il avait deux neveux, l'un homme fait, bien que jeune encore, ayant même déjà servi comme volontaire au siège de Luxembourg, l'autre à peine âgé de quinze ou seize ans. Par je ne sais quelle raison de famille, le premier se nommait Trémolière, et l'autre Saint-Jules. Trémolière était aimable et avait l'esprit cultivé; Saint-Jules n'était encore qu'un grand enfant. J'ai passé de très bons moments dans le sein de cette famille dont le cours des événements m'a séparé de très bonne heure, et qui s'est éteinte, ainsi que je j*ai appris, cinquante ans après l'époque dont je parle, dans une modeste et paisible obscurité. Chose étrange, on ne se serait pas douté dans le bourg d'Ormoy que nous vivions sous le régime de la Terreur.
Durant les mois qui précédèrent la translation de mon père à Paris, on m'a conduit plusieurs fois à Gray. Je l'ai vu dans sa prison, quelques jours avant son départ. Je liens de M. Clément du Doubs, qui le rencontra sur la route de Paris, conduit par la gendarmerie, qu'il lui offrit un moyen sûr et facile de s'échapper, moyen dont mon père ne voulut pas profiter.
Il fut enfermé à Paris dans la prison de la Bourbe, alors nommée Port-Libre apparemment par dérision.
Il périt le 9 messidor an ii (27 juin 1794), un mois jour pour jour avant le 9 thermidor.



La suite est extraite d'un document du Dr Deronde confié à Jean Trémolières
Le texte reprend des mentions faites par l'oncle par alliance à son neveu.


1785 décès En 1785, le sieur Trémolières mourut à Paris où il s’était rendu pour ses affaires,

le 3 Juillet 1785 à l’âge de 49 ans, rue des Saint-Pères.


2me mariage Lambermont

La veuve épouse à Ormoy (Hte Saône) Charles Louis Elisabeth Ali (1), probablement l’ami près duquel elle avait trouvé asile avec son mari.


Décès de madame Ali-Trémolières

Elle en eut un fils et elle mourut le 28 Janvier 1789, à l’âge de 33 ans. Ali qui avait 39 ans se trouvait dans l’obligation de subvenir aux besoins de 4 enfants dont l’ainé, Pierre François Trémolières était âgé de 14 ans. C’est alors qu’il écrivit en faveur de ses beaux-enfants le mémoire dont il est fait mention au début de cet historique, espérant obtenir des subsides pour les petits fils du peintre. N’ayant pas obtenu de réponse favorable, il resta seul pour les élever.


Pierre François Trémolières (né à Paris le 27 Avril 1775 – mort à Besançon le 15 Juillet 1847)

Président du tribunal civil. Chevalier de la Légion d’honneur. Jurisconsulte

Il naquit rue Guénégaud, paroisse de St André des Arts et fut baptisé le 28 Avril. Son parrain était François Jauesme de Longchamp, garde des archives de Monseigneur duc de Bouillon, oncle et tuteur de sa mère, et sa marraine Marie Lapierre de Montainville, veuve du Sr. Naulin.


Dans le court historique de la famille écrit par lui, on peut lire ces ligne concernant ses parents : »Leur contrat de mariage énonce une fortune de 118 740 l pour l’un et de 38 100l pour l’autre. Trois enfants restèrent de ce mariage ; j’étais l’ainé, orphelin de père et de mère à 14 ans, et toute notre fortune s’était fondue, à part un capital d’environ 20 000l qui restaient de la dot de ma mère et quelque mobilier. »




_______________________________________________________________________________

(1) ALI était un descendant de l’un des fils d’un bey africain pris dans une guerre, sous Louis XIV, conte les pirates de la côte barbaresque et emmené en otage à Versailles où il avait servi de page au Grand Roi.



Deuxième collège de Besançon 1765-1795

Où fit-il ses études ? Probablement au Collège de Besançon(1)

Celui-ci, jusqu’en 1765, était tenu par les Jésuite ; mais à la suite du renvoi de France de ces religieux, après l’édit de Louis XV, la réorganisation de l’enseignement fut faite sur des bases nouvelles. L’établissement qui était toujours le même que le Lycée actuel, fut de nouveau appelé Collège, mais l’inauguration eut lieu en Avril 1765, sous la présidence du cardinal archevêque, du bureau et des commissions du parlement, de l’Université, du magistrat et du séminaire. Les professeurs étaient des prêtres séculiers et l’abbé Bergier de Flangebouche fut nommé principal. Il y resta jusqu’en 1769, date à laquelle il fut nommé à Paris. Un de ses successeurs fut l’abbé Vauthrin, de 1775 à 1789. Le collège avait alors 400 élèves mais peu disciplinés. La pension coûtait 360 livres pour 10 mois et fut portée, peu de temps après, à 372l.


Ecole Centrale du Doubs - 1795

Cette organisation dure jusqu’en 1795 époque où le collège devint l’Ecole Centrale du Doubs (2). Dans l’ouvrage d’Albert Troux, on lit page 105 «  de ces élèves, beaucoup qui laissèrent plus tard un nom, ont tiré profit des années passées à l’Ecole Centrale. Nous connaissons Charles Nodier, Charles Weiss, etc, etc, surtout la phalange des élèves de Prudhon, les magistrats Trémolières, etc… »

On ne peut mettre en doute cette assertion d’autant plus exacte que J. Prudhon (1/2/1758- 1838) était un jurisconsulte éminent ; mais nous verrons d’après le rapprochement des dates et le curriculum vitae du président que s’il a suivi un cours de Prudhon, c’est après son retour du régiment et lorsqu’il préparait son droit. Il est bien connu comme jurisconsulte.


1793 Le président écrit en effet « notre sœur mourut en 1793 et, réquisitionnaire à 18 ans

(réquisition de 300.000 hommes du 24 Fev. 1793) du « canton de Jussey, je servis pendant

1794 7 ans. » En 1794, il est secrétaire du général Ferrand, puis à l’Etat-major de la ? Division

1797 militaire, puis en 1797, il est greffier du conseil de guerre de la même division.

« J’étais fort délicat, écrit-il, on me réforma, le 28 Germinal an IX (1800) »(3) Puis je

1802 travaillais dans les bureaux de la préfecture et j’étudiai en même temps le droit. »


1806 « En 1806, j’allai à Paris pour prendre ma licence et y poursuivre le remboursement du

restant de la dot de ma mère. Je revins avec mon diplôme et ce capital un peu écorné. J’acquittai quelques dettes que nous avions, mon frère et moi et plaçai le reste de nos fonds. »


1808 « Je plaidais depuis mon retour de Paris, lorsque je me mariai sur la fin de 1808 (8 Xbre

1808) »

Il épousa Augustine Reine Girod (dont nous avons les portraits au pastel) fille d’Antoine Girod, avocat et avoué à la Cour d’Appel de Besançon et de Claude Louise Pierre. Le père


_______________________________________________________________________________

(1) Droz – Collège – 1869. Rcherches historiques sur la ville de Besançon – Archives Départementales.

(2) Bibliothèque d’Histoire Révolutionnaire – L’Ecole Centrale du Doubs à Besançon (an IV au XI)) – 1926 par Albert Troux, agrégé d’Histoire et de Géographie, ancien professeur au Lycée de Besançon, professeur au Lycée de Nancy.

(3) Congé en notre possession.

de sa femme était mort l’année précédente et c’est Ali (1), alors maire d’Ormoy, âgé de 58 ans, beau-père du futur époux qui signa l’acte de mariage ; ce qui nous montre que le vieux petit-fils du Bey africain était toujours en bons termes avec ses beaux-fils.


Louis Jules Trémolières – 1778 – 1810

« Mon frère mourut en 1810 et me laissa sa succession » qui n’était pas importante. Ce frère avait été aussi réquisitionnaire et avait servi au 9me régiment de cuirassiers. Il était à la veille de passer officier lorsqu’il fut attaqué par un voleur et laissé pour mort, en Allemagne. Guéri de ses blessures, il entra dans l’administration des postes de l’Armée et mourut, sans enfant, à 32 ans. »


1811 La même année le président eu un fils Xavier Louis Jules Trémolières qui ne connut point sa mère, décédée l’année suivante le 25 Février 1811.

Le président resté veuf, vécu avec sa belle-mère jusqu’à sa mort survenue le 14 Janvier 1831.


1818 A la fin de 1811, il fut nommé juge puis président du tribunal civil en 1818 et chevalier

1826 de la Légion d’Honneur en 1826. (Brevet du 16 Mars 1827).

Il fut président de l’Académie de Besançon, plusieurs années de suite, et publia, dans les bulletins de cette société, de nombreux discours, des poésies et des essais littéraires(2).


Gaston Coindre, dans le 1er voulume de son ouvrage « Mon Vieux Besançon » s’exprime ainsi : » au n° 22 de la rue Saint Vincent (rue Mègevand actuelle) habitait le président Trémolières. Il a laissé le souvenir de l’honnête homme dans l’acception ancienne de cette épithète, comprenant à la fois la politesse es mœurs et la distinction de l’esprit. Littérateur spirituel et bienveillant, il avait sa petite cour, que sa mort laissa longtemps en deuil. » Tome I, p. 149.

Mr. Estignard, juge ainsi le président dans son livre sur Adrien Paris : » Magitrat intègre et érudit, poëte à ses heures, poëte musqué, frisé, capable de bien tourner un madrigal. »


1835 En 1835 il acquit pour son fils le domaine de la Verrière qui lui coûta, accessoires,

améliorations et mobilier compris 34.400 fr.


1836 Il acheta en 1836 la Croisotte (18 Hectares de bois)(3) pour 5.100 fr.

et le père et le fils ne cessèrent d’améliorer cette propriété où ils séjournaient souvent.


Le président mourut à Besançon, le 15 Juillet 1847 à l’âge de 72 ans et fut inhumé au cimetière de St Ferjeux.




_____________________________________________________________________________________

(1) Ali écuyer (noble) était avant la révolution « seigneur engagiste (celui qui affermait des droits honorifiques du domaine du Roy) à Ormoy y demeurant. » D’après un document des papiers de famille, par lequel il est chargé de convoquer les délégués de la généralité de Vesoul qui seront désignés comme députés aux Etats Généraux de 1789. Il fut plus tard maire d’Ormoy.

(2) Les plaidoiries, reliées, doivent être la possession de ton père et sont à conserver précieusement.

(3) Note de Raoul Trémolières : « 8 » – pas « 18 »


Xavier Louis Jules Trémolières 1810 - 1874

Avocat né à Besançon en 1810, décédé en cette ville en 1874.

Il fit ses études au Lycée de Besançon, puis son droit à Paris où il obtint son diplôme de licencié en 1830. Avocat comme son père, il plaida peu, partageant ses loisirs entre les plaisirs de la chasse à la Verrière et les jouissances intellectuelles et scientifiques que son intelligence vaste et ouverte aux progrès, dans toutes les branches de l’activité humaine, lui procurait. C’était le philosophe sybarite auquel la tranquillité et la stabilité des temps où il vécu, ont permis une existence heureuse et indépendante que ses descendants ne connaitraient plus.


De caractère enjoué, excellent dans les récits et les chansons spirituelles, « Il est connu, écrit Fourquet, par des recueils de chansons dont il composa souvent la musique et qui eurent une grande vogue. Dans son recueil de poësies dites aux banquets de la St Yves (fête des avocats) et imprimées sous ce titre « Souvenirs de la St Yves », Alphonse Maudrillon, avocat à Besançon, y fait allusion en ces termes, au cours de la pièce intitulée « A mon habit noir » :

Je le portais quand Trémolières

Devant Jules Favre joyeux

Et malgré Tripard furieux

Chanta ses chansons cavalières.

1865 Il acquit la propriété de Beure en 1865. C’est là que vécut et mourut sa femme, née en 1841

et décédée en 1925, à 83 ans.

Il n’eut qu’un fils.


Raoul Trémolières – 1860 – 1920

Artiste peintre né en 1860, mort à Besançon en 1920. Tu as, mon cher Jean, trop peu connu ton grand père pour pouvoir juger les qualités de cet homme délicat, instruit, d’une douceur exquise, et dont seuls ceux qui ont vécu dans son intimité, ont pu apprécier le charme et l’attirance.

« Il eut pour maître, écrit Fourquet (1), le peintre Fanart de Besançon (1831-1918) avec lequel il fit des voyages en Italie, à pied, tous deux s’arrêtant au gré de leur fantaisie ; puis il parcourut de la même manière la Bretagne d’où il rapporta de nombreuses études. Au cours de sa carrière artistique qui se fit tout entière à Besançon, ayant horreur de l’intrigue et dédaigneux ds distributions honorifiques, il exposa depuis 1884. Il obtint des médailles dans diverses expositions. Les nombreux portraits qu’il fit sont dans des collections particulières. Citons de lui : « Premier Nuage ; Un Etang à la Verrière (foyer du théatre municipal de Besançon) ; Le Vieux Chemin ; Crépuscule ; deux pastels au Musée de Besançon, un tableau et un panneau décoratif (Le Paon) à l’établissement du Casino de Besançon ; au Musée de Quimper, plusieurs toiles – etc, etc.

« Le talent de Trémolières était fait d’une consciencieuse étude de la nature et d’une sincérité émue. Il a su traduire la poësie mélancolique des paysages crépusculaires qu’il affectionnait, et franc comtois fervent il a reproduit avec émotion la beauté des paysages de sa province aimée. Il était de caractère indépendant et dépourvu d’ambition, son commerce était agréable et sûr. L’art et la chasse furent ses deux grandes passions. »


__________________________________________________________________________

Fourquet Emile – « Les Hommes Célèbres et les Personnalités Marquanates de la Comté du Ive Siècle à nos Jours » 1929


De son union avec Caroline Lenhardt naquirent quatre enfants.

1 – Ta Tante Marguerite, Madame Deronde

2 - Ton Oncle Henri

3 - Ton Père Raoul

4 - Ton Oncle Pierre

Tu les connais.

Si l’avenir est maintenant fermé pour nous, il est ouvert pour toi et tu dois te préparer à la rendre digne de tes ancêtres.


- Fin -

_____________________________



 

                                


complément porté par Geneviève Trémolières ep Masson


 

Le fils du Président ( Besançon) eut un fils Jules qui devint avocat et acquit la maison de Beure.

Celui ci eut un fils ( Raoul) le peintre qui mourut à 52 ans.

 

C'est Raoul qui acheta le Rendez-vous de chasse de La Verrière qui brûla en 1910 et qu' il fit reconstruire.

Il épousa Caroline Lenhart ( famille suisse de la Chaudefont)

Ils eurent         Henri                   célibataire

                   Marguerite              épousa Dr Deronde au Havre sans enfant

                   Pierre                  épousa Lucie ? ont une fille Françoise, filleule de Maurice 

                   Raoul ( mort en 1958). qui épousa Germaine Maire( dcd 1978 )

 

                               eurent                Maurice                        Raymond

                                                                                    Louis

                                                                                    Laure

                                                      Jean ( mort en 1976 )

                                                                                     François

                                                                                     Antoine

                                                                                     Jeanne

                                                                                     Henri

                                                      Geneviève                      Jacques

                                                                                     Bruno

                                                                                     Elisabeth

                                                                                     Anne

                                                                                     Chantal

                                                                                     Denis

                                                                                     Marie

                                                                                     Claire

 

 

 


 

 

Les Jouvenroux dans l' Histoire de Saint Flour.

 

Etude de Mr Albert Rigaudière

 

 

Listes des consuls de 1250 à 1490

 

 

   1308 : Jouvenroux Durand     Bourgeois

   1342 à 1365   Jouvenroux  Jean

 Jouvenroux Pierre  est consul en 1360 - 1364-1369-1374-1381-1385( premier en 81 et 85). Il meurt en 1400

 

Jouvenroux Thomas  est consul en 1372- 1387-- 1393-1398( premier consul depuis 1387) déclaré drapier et collecteur de taille

           En 1393,  les consuls ont à traiter un litige qui les opposent aux  héritiers de Jean, tant devant l' official

                            que devant le juge de Saint Flour.

 

 

Jouvenroux Jean  II consul en 1401 mort en 1408

 

Jouvenroux Philippe  en 1406 - 1416. Hôtelier. Mort en 1421

En 1414, Philippe Jouvenroux est Capitaine ( Saint Flour  a la garde de ses portes) et reçoit 60 sous par mois.

 

Jouvenroux Jean I consul en 1417 noyaire  mort en 1426

Jouvenroux Pierre III consul en 1421-1431 - 1439 drapier 

Jouvenroux Pierre IV  consul en 1454- 1459- 1462- 1466- 1470 Tavernier marchand, bourgeois. Il fut aussi en 1465 Lieutenant du bailli des Montagnes

 

Jouvenroux Guynot  consul en -1480- 1484- 1488

 

 

 

On trouve, page 387, un intéressant paragraphe:

C'est tout à la fois ,à l' exercice  de charges bailliagères et à de multiples services rendus à la cité que la Famille Jouvenroux doit son anoblissement. Pierre Jouvenroux, que ses contemporains disaient volontiers être  "  ung puissant et riche homme et le plus riche de la dite ville et selon la commune renommée du pays   riche de 20000 livres tournois " , possédait des fiefs nobles  dans le plat pays  et avait été lieutenant du bailli à Saint Flour en 1455 lorsqu' il fut anobli par lettres patentes en 1479 avec ses deux fils Jacques et Guynot.

 

 

Les pièces proviennent

       a) du Procès verbal  d' enquête faite par Robert Baco, lieutenant des élus, à la requête  des consuls de

           Saint-Flour contre Guynot Jouvenroux.   ( document détérioré  dont la date ne peut être retenue )

           La question qui se pose est de savoir s'il ne s' agit pas du Guynot de la fin du 15ème et peut-être de

           l' affaire de 1614 qui figure sur le tableau du peintre.?

        b) du livre de Boudet que le Dr Deronde connaissait

        c) de la lettre d' anoblissement d' octobre 1479 pour Pierre Jouvenroux et ses descendants auxquels il est

             accord‚ privilèges, franchises et honneurs des nobles;

 

Il y a eu certainement  des tiraillements au sein du conseil de 73 à 74, car Guynot Jouvenroux  ne fut présent que deux fois sur 33 réunions.  Mais l' auteur fait page 428 une présentation toute autre :

" Il n'est pas facile d' expliquer ce manque d' intérêt des conseillers pour la chose publique. On est estrêmement surpris  de voir Pierre Mauranne, ancien consul et ancien lieutenant du bailli, accuser le taux le plus bas de participation....... La remarque vaut tout autant  pour Guynot Jouvenroux. Au moment où il se prépare à briguer , dans les années à venir, au moins trois consulats, il n'assiste  pas à plus de 6 % des réunions qui devaient pourtant être les lieux les plus propices pour affirmer sa personnalité, nouer des relations et gravir avec succès  les échelons de la carrière des honneurs ".

 

L' interprétation de l' auteur est marquée d' un académisme primaire, car la vie démontre tous les jours que la politique de la chaise vide est une forme offensive  d' opposition et qu'il vaut mieux aller sur le terrain que de siéger sans pouvoir et contre son gré.

 

Les consuls déclaraient leur fortune et leurs rentes  d' où on sait que

 

Thomas Jouvenroux avait deux maisons et un jardin , un champ et deux prés et 130l de rentes de cens soit un total de     689 l de rentes annuelles

 

Pierre Jouvenroux avait trois maisons et deux jardins 1/2 pré et une " pagersia " ( vraisemblablement  une ferme)  des meubles  et des rentes de cens soit un revenu total de       461 l hors les revenus de la pagersia qui n' étaient pas déclarés. 

 

Parmi les décisions prises au conseil, nombreuses portent sur  la dimension des étals et la possibilité de construire des galeries au dessus...... Pierre Jouvenroux  a son nom dans un des nombreux édits

 

Dans la liste des Consuls, on ne trouve pas de Jouvenroux Pierre I, il joua pourtant un rôle essentiel. Car le conseil , avant de prendre  des décisions  consultait l'avis de juristes. Pierre était licencié en droit  et, bien que résident à Brioude, eut le titre flatteur de " principal cosselher " et, dans les alentours des années 1420, on dit qu' il dicta véritablement toutes les décisions importantes

Parmi les sujets examinés , on trouve :

 * quelle attitude  adopter dans le conflit avec le seigneur au sujet des cens ? ,

 * sur le rempart à reconstruire derrière l' hotel épiscopal ?

 * est-il expédient d' ouvrir  une enquête pour savoir si les privilèges , libertés et franchise de la ville sont

    réellement menacés par l'évêque ?

Sur ce dernier point, Pierre Jouvenroux dicte la marche à suivre : rédiger la liste des moyens invoqués et aller au plus vite à Aurillac, chercher au greffe du bailliage , des procès verbaux d' enquêtes qui s' y trouvent déjà. Les fonctions de conseil ne s' arrêtent pas là. Pierre Jouvenroux est aussi bien interrogé sur le dernier conflit entre les deux communautés de la cité que sur l' attitude à adopter face à l' Impôt royal ou sur le dernier voyage du roi dans la province.

En 1419, il est par trois fois invité  à séjourner à Saint Flour  pour aider  les mémoires de procédure : per accoselhar, visitar er arregir las memorias et far las instructios  à l' occasion  d' un vaste procès qui oppose consuls et évêque devant le Parlement à Poitiers. Là encore, c'est Pierre Jouvenroux et lui seul, qui oriente la procédure, choisit les moyens de défense.

 

 

Pour la plus grande gloire des institutions de Saint Flour, il faut rappeler que les consuls ne pouvaient sièger plus de trois années de suite  et que les consuls sortant faisaient un bilan de l' exercice écoulé, en indiquant simplement la somme globale des dépenses et celle des recettes. Aucun ordre n' est respecté pour la présentation de l'un et l'autre chiffre mais il est expressément fait état du solde créditeur ou débiteur. Qu'il soit positif ou négatif, les consuls sont toujours déclarés  debentes . En cas d'excédents ils doivent laisser dans la caisse une somme équivalente. La gestion est-elle déficitaire ? Alors , c'est de leurs deniers personnels qu' ils doivent combler le déficit. Ils le font en général dans le courant de l'exercice qui suit et s' acquittent très r‚gulièrement de cette obligation. Les jurés et députés se contentent d' approuver les chiffres . Il n'a été relevé que peu de contestations. En 1419/ 1420, pourtant, les comptes ne sont pas arrêtés. Pierre Jouvenroux, conseiller de la communauté, est saisi de cette affaire et lui sont soumis " certas articles qui eront en debat entre les senhors cossols et alcus del petit comué consendens delsdit articles en la redditio de lors condes ".   La raison de l' absence d' arrêt‚ n'est pas fournie mais, l' année suivante, le mardi 20 mai 1421, deux députés présents refusent de participer à ses travaux, sans donner de justification à leur décision. .  Par la suite, dans le courant du XIV et XVsiècle, les institutions se dégraderont . Une partie du patriciat  sera refoulée par ceux qui tiennent le pouvoir .  Ces derniers utiliseront  des mécanismes dont l'esprit fut de réduire la participation effectives des membres de la petite communauté à la vie politique.

 

Cette évolution se conjuguera ‚videmment avec la coupure entre les papistes et les gallicans qui précéderont les protestants dans cette région. Cette guerre que l'on appelle de religion  fut d' abord, comme on le voit,  bien évidemment municipale et politique. Quand les Jouvenroux deviendront -ils protestants ? Tout a été fait pour que cette page soit effacée de l'histoire de la France officielle et administrative, voire familiale. Elle reste à écrire car , en ce temps, nos ancêtres adhérèrent naturellement au  camp du rejet des manipulations et du refus du Jacobinisme.

 

Pierre- Charles Trémolières

1703 … 1739

Présentation de Jean Messelet

dans les

Peintres Français du XVIIIème  Siècle

 

 

Pierre-Charles Trémollières était fils de gentilhomme d' épée originaire de Saint-Flour, et qui, protestant de religion, dut s' exiler en 1685 laissant en France sa jeune femme. Celle-ci quitta l' Auvergne après la confiscation des biens des Trémollières, qui étaient considérables, et elle vint habiter Cholet, où son mari la rejoignit quelques années plus tard. Pierre-Charles naquit dans cette dernière ville en 1703. Les contemporains en témoignent ; mais la disparition des registres paroissiaux de la principale église de Cholet pour les années 1700-1710 ne permet pas de fixer plus précisément cette date. Il perdit son père fort jeune. Sa mère se remaria, ce qui fut cause peut-être du départ du jeune homme en 1719. L'inclination pour les arts dont il était prévenu, fournit, selon Caylus, un prétexte hionnête à cet éloignement. Un croquis  à la sanguine d'après la Venus Médicis, daté de 1716, et recueillit par le musée de Cholet, montre que déjà il usait du crayon non sans agrément et finesse. Environ ce temps-là, il fit également de lui-même un portrait à la plume, qui est à la bibliotèque d' Angers.

 

Le jeune artiste ayant quitté Cholet et s' étant rendu à Paris, il fut reçut par un de ses parents, tapissier valet de chambre de la duchesse d'Orléans. C'était en 1719, Jean-Baptiste Vanloo était rentré d' Italie, et le prince de Carignan, qui le logeait à l' Hôtel de Soissons, l' avait présent‚ au duc d' Orléans. Ce hasard permit la rencontre du peintre  et de Trémollières, et favorisa l' entrée de ce dernier dans un atelier dont la réputaion allait grandir. Dandré-Bardon et Carle Vanloo y furent ses condisciples. La comparaison des oeuvres  de Trémollières avec celles de ce premier maître ne révèle que peu d'influance exercée sur lui par Vanloo. Cette influence paraîtrait nulle, si Caylus ne nous avait révélé, la variété  de l' enseignement de ce peintre. " Il ne parlait, dit-il, à ses élèves qu'en conséquence du génie et du talent qu' il reconnait en eux, sans jamais les contraindre ni les soumettre à sa pratique. Je le voyais dispenser à chacun le genre de leçon qui lui convenait." Caylus parle ici en témoin, car il fréquentait l'atelier. Il ne fut pas sans remarquer Trémollières. Des liens de parenté, que l'origine poitevine des deux familles rend vraisemblables aidèrent peut-être le rapprochement. Caylus d'ailleurs, dès cette époque, aimait à protéger les artistes et à découvrir les jeunes talents.Son intervention se manifestait par des conseils, par des commandes , après des recommandations auprès du surintendant. Trémoliières ne pouvait trouver de guide plus précieux. Caylus l'attira chez lui, lui ouvrit ses portefeuilles d' estampes et de dessins, et le fit travailler . Le musée de Darmstadt garde un croquis de Trémollières intitulé : Assemblée de brocanteurs, et portant cette mention : " fait pour le comte de Caylus et gravé par lui. " C'est une charge amusante, ou maniant loupes et encensoirs, des ânes s'affairent et discutent au milieu de tableaux et d'oeuvres de sculpture : image de ces " soi-disants curieux " dont Caylus parle dans la vie de Watteau, qui s'introduisent dans les cabinets et dans les ateliers " pour y déraisonner sans cesse, pour troubler et intervertir ces méditations et ces recherches qui seules font le bon ouvrage.

Dans le salon de Caylus, où la grâce distinguée du jeune homme, son enjouement et son esprit lui attirèrent de nombreuses sympathies, Trémolières connut le monde des amateurs. " Des talents précoces jointsà un esprit fin et à un caractère honnête, lui donnèrent des amis, dit Caylus, qui lui firent sentir de bonne heure le monde et la politesse; l'un et l'autre ont des influences bien marquées dans toutes les productions de l'esprit, et il se trouva bien toute sa vie de les avoir connus".

 

Ses études se poursuivaient heureusement et quelques récompenses académiques attestent son travail à cette époque .

D après les dessins de Charles Coypel, Picart le Romain, Boucher, Cochin, Lebas et Trémolières, parurent en 1724, 31 planches qui retracent l' histoire de Don Quichotte. Coypel, qui a cette ‚poque avait d‚j… entrpris une suite de cartons sur ce sujet que les Gobelins tissèrent, donna les vingt-quatre premières figures ; Trémollières dessina avec verve et esprit deux épisodes : Sancho berné dans la cour de l'hôtellerie, et le même armé chevalier. Un Sacrifice à Priape, de notre artiste, esquisse à la plume du musée de Besançon, est daté de 1725. La scène est traitée avec distinction. Des nymphes, des satyres, des amours et des prêtres offrant des libations, forment des groupes habilement disposés.

Les traits de plume sont peu appuyés, et un léger lavis de bistre suffit à rendre les vaeurss. Les eux-fortes qu'il fit alors montrent plus de vigueur et de décision, ce sont celles que Julienne lui demande pour les Figures de différents caractères, où il a gravé les dessins suivants : la Dame à l' éventail, le Commissionnaire, la Jeune fille étonnée, le Petit Paresseux, la Dame vue de dos, une Tête d'homme.

 

En 1726 Trémollières remporta le second prix de Rome. Deux ans plus tard, grâce à Caylus, il obtint un brevet d' élève à l' Académie de cette ville. Trémollières partit avec Subleyras, Blanchet, le sculpteur Michel-Ange Slodtz et l'architecte Lebon. A Rome, il retrouva ses camarades d'atelier Dandré-Bardon et Carle Vanloo.

 

Depuis 1725, l' Académie de Franceà… Rome était dirigée par Vleughels, qui tient comme artiste un second rang ; par contre c'était un administrateur habile, actif et souple. Il fut un collaborateur avisé du duc d'Antin, qui depuis 1708 était directeur des Bâiments du Roi. Poîson, auquel Vleughels succèda, se plaignait dans ses lettres de l'inutilité de cette institution et réclamait la suppression de son poste. Ce fut le principal mérite du duc d'Antin d' avoir compris l' importance de l' Académie de Rome qu'il s'efforça de réorganiser.

 

Le premier soin de Vleughels fut de louer le palais Mancini et de s'y installer avec ses élèves, abandonnant l'incommode palais Capranica. Des glaces, des meubles, des tapisseries des Gobelins envoyé de Paris rehaussèrent le luxe de vastes pièces où étaient exposés les travaux des pensionnaires : plâtres, marbres et panneaux de peinture. Le palais ainsi décoré était tout indiqué pour servir de cadre à des réceptions et à des fêtes. De plus on y pouvait vivre les jeux du carnaval, grâce à la situation sur le Corso. Le cardinal de Plognac, ambassadeur de France, y vint à maintes reprises avec ses invités. Un dessin de Bouchardon nous a gardé le souvenir d'un spectacle donné en 1730, ou l'on voit les pensionnaires déguisés en Arlequin, Polichinelle, Pantalon et Colombine. Une autre fois une pièce de Molière fut représentée et Trémollières, qui tenait un rôle, en recueillit de vifs éloges.

En donnant ces réjouissances, Vleughels n'oubliait pas l'intérêt de l'étude. Des hôtes qu'il recevait, il obtenait en retour la permission pour ses élèves de copier les tableaux conservés dans les palais romains . Le Vatican s'ouvrait alors difficilement aux peintres ; cependant en 1729 après plusieurs mois de démarches,  Vleughels put mettre dans les Chambres de Raphaêl quelques pensionnaires  " qui s'occupèrent à dessiner ". La ténacité dont il fit preuve pour avoir cette autorisation, montre le rôle considérable que tenait Raphaël dans l' éducation des peintres. Mais l'admiration professée pour ce maître n' était pas sans réserve déjà. Cochin, quelques années plus tard dans une lettre adressée à un pensionnaire de l' Académie de France à Rome, qoique recommandant d'abord l' étude de Raphaël, dira: " Il ne faut étudier ce maître qu'avec le crayon ", et formulera plusieurs critiques.

En même temps qu' il faisait copier les Chambres du Vatican, Vleughels installait deux élèves dans la galerie Farnèse devant les ouvres des Carches. Mais c'est à d'autres peintres que les jeunes artistes demandaient plus volontiers des leçons. Piètre de Cortone  " génie abondant, peintre facile, large et rempli de grâces " dut souvent servir de modèle à Trémollières, qui sut, ainsi que le recommandera Cochin, " n'en imiter que le pinceau agréable, cette couleur et cette harmonie enchanteresse, ce faire moëlleux et facile ". Carle Maratte, mort à Rome en 1713 comblé d'honneurs, exerçait encore une grande influence. Les artistes qui allaient à Naples s'arrêtaient devant les compositions habiles et abondantes que Solimène , après Lucas Giordano, prodiguait dans les églises et dans les couvents de cette ville. Mais un des peintres dont le nom revient le plus souvent dans les lettres de Vleughels, est celui du Guide . Cochin ‚crira : " Je suis convaincu que ce maître étudié avec sentiment suffit pour former un grand peintre. Sa couleur et son faire sont d'une beauté et d'une fraîcheur qui ne peuvent que mener à bien." Tel paraît bien avoir été le sentiment de Vleughels. Nous savons que Trémollières eut à copier deux oeuvre du Guide. Une vierge de ce maître appartenait au prince Justianiani, qui n'en permit que par exception  la copie. Quelques mois plus tard une autre d' après le même maître eut assez de mérite pour être envoyé au duc d'Antin.

 

Vleughels augurait bien de l'avenir de son élève. " Il peut devenir très habile ", dit-il, et il reconnaît, " le soin que Trémollières prend à se perfectionner ". Il ajoute que le jeune artiste n'avait reçu que peu d'instruction dans son art, et peut-être il se vante en s'attribuant le mérite d'avoir " contribué à le conduire dans le bon chemin". Malheureusement le jeune homme n'était pas robuste, sa santé se ressentait des travaux qu'il faisait. " Il n'en passait pas moins les nuits à étudier et à composer ". Une attaque de petite vérole interrompit ses études. En 1731, une blessure à la main, de peu de gravié‚ d' abord, mal soignée par le chirurgien, fut cause qu' on craignit même pour sa vie.

Une sanguine du musée de Besançon, que Trémollières fit en 1731, est d'une composition toute italienne. Elle représente Sainte Anne et la Vierge. Peut-être eut-il à cette époque l idée d'une suite des Sept sacrements. Le Baptême et la Confirmation, connus par la gravure qu' il en laissée, sont des morceaux où il n'a pas encore dégagé son style des influences. Il y a de la mollesse et de la rondeur dans le dessin ; mais la composition est adroite, avec une recherche de l'effet décoratif. Le travail de la pointe est léger et les ombres sont obtenues par des hachures irrégulières et peu serrées.

Vleughels allait souvent avec ses élèves dans la campagne romaine. Il dessinait avec eux  " les beaux restes d'antiquités dont ce pays abonde ". C'était peut être à Panini, qui épousa la belle-soeur de Vleughels, et qu'une étroite amitié liait à ce peintre, que ce dernier dut ce goût nouveau à l' époque, pour les ruines antiques. Trémollières fit ainsi, selon Caylus, de nombreux paysages d' après nature que nous ne connaissons plus. Lorsque le temps ne permettait pas auxélèves de sortir pour copier dans les palais et les églises, ou pour dessiner dans la campagne, le directeur posait le modèle nu, ou faisait travailler d' après les moulages tirés de l' antique. Le soir, écrit lui-même le directeur, lorsque tous les pensionnaires se trouvaient réunis " on revoit ce qu'on a fait le jour ; sur quoi on redit son sentiment sans partialité et sans envie. « 

page 271 manquante

 

En partant, Trémollières laissa à Rome un grand nombre de tableaux de chevalet mais ces ouvrages ne nous sont plus connus.

Son départ eut lieu au mois d' octobre 1735. Lorqu' ils rentraient en France, les artistes ne manquaient pas de s'arrêter dans un certain nombre de villes italiennes, où Vleughels s'était ménagé des amitiés. Dans une note à d' Antin, il écrit : " A Bologne, j' ai des amis et j'ai tout préparé à mon passage, et les cabinets seront ouverts ". Parme devait également arrêter les artistes : " Il y a d' excellents tableaux, entre autres un du Corrège qui mérite seul qu' on y aille pour étudier d'après ." L' influence du Corrège, sensible dans les oeuvres de Trémollières, permet de supposer à défaut de documents, que ce peintre suivit les conseils de Vleughels et visita Parme. En France, il s' arrêta à Lyon plus d'une année. Dans cette ville, ainsi placée sur la route de l'Italie, de nombreux amateurs retenaient souvent les artistes par d'importantes commandes. Trémollières fit plusieurs portraits.

Surtout il y peignit  de grands ouvrages pour les couvents de la ville. Aux Carmes déchaussés il donna la Purification de la Vierge, l'Adoration des Bergers, l'Adoration des Mages : ces deux derniers tableaux actuellement conservés dans l'Eglise Sainte Blandine. Dans la même église se voit également l'Assomption qu'il fit pour les Pénitents blancs. Lorsqu'il partit il promit aux Chartreux de leur envoyer deux tableaux : l'Assomption et l'Ascension, pour décorer leur nouvelle église qui s' élevait sur les plans de Delamonce. Les deux tableaux terminés en 1737, furent placés dans l'église des Charteux, où nous les voyons encore, avec les cadres, que Soufflot dessina. Dans le genre des grandes compositions l'artiste n' a rien fait de plus beau. Des draperies très amples composent des vêtements aux plis marges et souples. Des anges aux proportions allongées, un peu mièvres, soutiennent les uns le Christ, les autres la Vierge dont les corps s'estompent sur le ciel. La tonalité générale est claire. Tous ces caractères sont bien de type italien. Pourtant la personnalité de Trémollières se décèle dans la simplicité de la composition, que surcharge aucun détail.

L' esquisse de ces tabelaux, qu' il présenta à l'Académie avec quelques autres ouvrages, lui permit d' être agrée le 24 mars 1736.

***

 

Pour sa réception, il donna , le 25 mai de l'année suivante, Ulysse sauvé du naufrage par le concours de Minerve, aujourd'hui conservé au musée de Montpellier. Ulysse, poursuivi par la colère de Neptune, a fait naufrage. Mais sur le conseil de Leucothée, il s' est dépouillé de ses vêtements, et, gardant le seul voile que lui remet la déesse, il se confie aux flots que Minerve s'efforce d'apaiser. Le héros, porté vers la côte abrupte, aperçoit l'embouchure d'un fleuve dont il implore la divinité. Le tableau représente le moment où ce dieu tire Ulysse à terre, tandis que le héros rejette derrière le voile que Leucothée, qu'on ne voit qu'en buste, va reprendre. Minerve vole sur des nuages. La composition est agréable, mais le dessin du nu manque de fermeté et ne décèle qu'une étude légère du modèle. L' épuisement d' un homme que la tempête tourmente depuis plusieurs jours, n'y est pas non plus exprimé.

Un concours fut organisé par l' Acad‚mie en 1737 pour " juger en connaissance de cause la capacité des habiles qui la composent, à l' occasion d' une élection d' officiers." Trémollières exposa Minerve et Aracgné, et la Sincécérié. On le nomma adjoint à professeur, en même que son ancien camarade d'atelier Dandré-Bardon, académicien depuis 1735, et Jeaurat, reçu en 1733. Cette distinction si rapidement acquise montre l' estime que ses collègues faisaient de lui. Les amateurs ratifiaient ce jugement. Il fit des trumeaux et des dessus de porte pour les appartements de Lallement de Betz et du maréchal de Belle-Isle.

Son pinceau facile se plaignait à tracer d'élégants corps de femmes aux proportions allongées, à la gorge haute et menue, aux attaches grêles, que des amours lutinent. Il y a dans ses tableaux peu d'accessoires, et les paysages sont rares ; les corps de Vénus, d' Amphitrite, de Galathée se détachent sur le fond formé bien souvent de quelques nuages, de quelques voiles seulement.

Les gravures de Fessard nous ont gardé le souvenir de deux tableaux de ce genre. Un amour dérobe à Amphitrite assise sur un dauphin la coquille de ses cheveux, l' autre représente Vénus embrassant l'Amour. Ce sujet est également celui d'un mus‚e de Budapest. Les couleurs brillantes et claires du corps de V‚nus ressortent sur un fond sombre de nuages. Dans un tableau d'une collection particulière, le corps de Vénus décrit un mouvement gracieux pour attirer de ses deux bras levés l'Amour. Un paysage avec des cascades, des fleurs et des roseaux, forme un décor charmant. Une autre Vénus caressée par l'Amour faisait partie de la collection de Watelet, avec l'Amour redemendant ses armes. En 1787, quand fut vendue cette collection , les deux tableaux furent achetés par le roi ; ils sont actuellement perdus. Une note de Paillet dans le catalogue de la vente, dit que " les draperies voltigeaient au-dessus de Vénus et de l'Amour" et que " l' effet produisait sur le sujet des demi-teintes intéressantes et parfaitement rendues ". Vénus dérobant le carquois de l' Amour de la collection Montbrun, et l'Education de l'Amour de la collection Gros, dont la vente eut lieu en 1778, sont des oeuvres que l'on peut rapprocher des précédentes. Une Flore, que possédait la collection Fischoff, est vêtue d'une robe découvrant la gorge ; un amour l'entoure d'une guirlande de fleurs.

La mythologie fournit d' autres thèmes à Trémollières, mais les personnages ne sont jamais nombreux. Au Salon de 1738 il exposa un Triomphe de Galathée qui a fait partie de la collection Livois à Angers ; un triomphe d' Amphitritr appartenait au Prince de Conti. Latone implorant Jupiter est dans une collection, et Alphée et Aréthuse se trouve au Musée de Cholet. Un bain de Diane, dont l'esquisse figure au Salon de 1738 se compose par exception d'une vingtaine de figures. Au bord d'un lac abrité par des frondaisons épaisses, Diane est entourée de ses suivantes, qui la parent de bijoux ; d'autres femmes jouent dans l'eau peu profonde ; au premier plan sont des chiens et des carquois. Une habile répartition des groupes, une diversité heureuse dans les attitudes, évitent la monotonie du sujet.

Dans un tableau que conserve le musée des Arts Décoratifs, Trémollières reprend le thème qui était celui de son tableau de réception, mais avec plus de bonheur. La charmante figure de Nausicaa occupe le centre de la composition ; elle est allongée devant le dieu du fleuve sur la grève, non troublée par Ulysse , que les flots portent vers le rivage. Son corps nu aux blancheurs ambrées, au modèle délicat, est une des plus gracieuses inspirations de Trémollières. Si le tableau était encore un morceau d' école, Trémollières montre ici toute l' originalité de son tempérament , fin et graçieux ; la réussite de l'effet décoratif obtenu, le rendu des carnations, l'harmonie des tons, le modelé des corps en pleine lumière sont également à admirer dans ce tableau, dont la qualié‚ est proche de celle d'oeuvres du Corrège et de Lemoine.

Une suite de peintures commandées pour décorer l' hôtel Soubise et qui y sont encore, trouvent ici leur place. En 1732 le duc de Soubise s'était remarié à soixante ans, avec Marie-Sophie de Courcillon, qui, bien que duchesse douairière de Picuigny par un premier mariage, n' était âgée que de dix-neuf ans. Pour plaire à cette jeune femme sans doute, il entreprit le renouvellement complet de son hôtel de la rue du Marais. Boucher, Vanloo, Restout, Natoire et Trémollières furent choisis pour le décorer. Aucun programme ne paraît avoir été donné aux peintres , qui choisirent des sujets de caprice, sauf  Natoire dont tous les tableaux représentent l'histoire de Psyché dans les pendentifs par Boffrand pour le salon ovale.

Les livrets des salons de 1737 et de 1738 mentionnent quatre dessins de portes que Trémollières peignit ainsi. Une seule toile, Minerve qui enseigne à une nympheà… faire de la tapisserie; occupe encore la plus ancienne chambre à coucher de la princesse, ou se développe une riche décoration de sculpture. Des restaurations maladroites ont légèrement gâté cette toile.

 

Au centre, Minerve couverte d'un casque, et semblable à celle du tableau de réception du peintre, désigne une tapisserie que tiennent deux amours. A sa droite Arachné s'essaie à manier l'aiguille. Il y a de la noblesse dans la composition, une recherche de style plus élevée qu'on n' en trouve souvent à cette époque. Au même étage, dans une salle voisine, se trouve actuellement la Sincérité, femme nue tenant un miroir et appuyée sur les Caractères de Théophraste, dont un amour montre la page où se trouve écrit le mot Sincérité ; à droite deux autres amours tiennent les masques. La femme, coiffée assez bizarrement comme la nymphe de la toile précédente, offre les communs caractères des académies de l'artiste. Dans l'Hymen d'Hercule et d'Hébé, Trémollières enveloppe ses personnages d'une chaude lumière, dont il étudie avec science les reflets. Hébé d'un geste gracieux soutient le léger voile qui ne cache plus qu' à demi sa gorge. Le Louvre possède une belle étude pour la tête de cette déesse, dont le front couronné de fleurs s'incline vers Hercule, qui l'enlace. Des amours tiennent le flambeau de l' hymen. Comme dans l'Hercule et Omphale de Lemoine, les tons chauds du coprs d' Hercule font ressortir la délicate pâleur d' Hébé : le dessin est plus ferme que dans d'autres compositions . Dans un tableau de petite dimension qui représente Vénus désarmant l'Amour, les couleurs sont plus raffinées et plus délicates encore. Le mouvement de la figure principale est heureux. Un paysage de Trémollières n'exposa pas au Salon, complète cette décoration. On y voit un pêcheur, des bergers, une statue de fleuve émergeant d'un taillis ; dans le lointain quelques maisons. Le fond s'estompe dans une lumière dorée. Le paysage de Boucher qui lui fait face, est plus artificiel dans sa coloration bleuâtre. Cependant, Trémollières n'a pas l' abondante invention du rival que ce voisinage lui donne.

La décoration de l'hôtel Soubise, qui avait permis à Trémollières de rivaliser avec Boucher, Restout et Natoire, fut suivie d'une commande pour le roi. En 1738, pour une suite des Quatre Ages du monde, que devait tisser les Gobelins, Trémollières commença le carton de l'Age d' or, mais le laissa imparfait. Il était d'une santé délicate, et le travail intense qu' il s'imposa pour cela, hâta le développement d'une maladie de poitrine dont il mourut le 11 mai 1739.

" Il fut, dit Caylus, autant regretté de ses amis et de l'Académie que sa probité, son esprit, les agréments de son commerce et l'espérance qu'il donnait pour son art le méritaient." Delobel fut chargé de terminer l'Age d'or, qui figura au Salon de 1740 et que l'on voit au musée de Cholet.

 

***

 

Trémollières eut deux enfants, dont un seul vécut : Louis-Pierre qui dut à l'amitié de Caylus une place de secrétaire au Conseil supérieur de Pondichéry. Rentré en France, des opérations malheureuses le privèrent de sa fortune. Après sa mort, ses enfants demandèrent au directeur des Bâtiments un secours, qui fut refusé malgr‚ les titres du peintre dont ils descendaient. L'un d'eux devint président du Tribunal de Besançon et eut pour petit-fils M Raoul Trémolières, peintre de talent dont le musée de Besançon possède quelques oeuvres. Le très précieux portrait de Pierre-Charles Trémollières par lui-meême est encore conservé chez un descendant du peintre. L'artiste coiffé d' une toque de fourrure, tient le pinceau et la palette. Le regard est vif et l'expression n' est pas sans ironie. C'est un morceau d' une excellente qualité, et le peintre s'y révèle capable d'analyser une physionomie et d'en saisir les caractères.

Le portrait en question permet d'affirmer que le catalogue du musée de Quimper reconnaît à tort notre artiste dans un tableau représentant un homme d'une quarantaine d' années, vêtu d'un habit de velours bleu foncé, la chemise ouverte au col et garnie de dentelles. Il tient à la main des feuillets sur lesquels on lit une formule notariale et la signature de Trémollières.

 

Trémollières ne forma pas d'élève, le temps lui manqua. " Il avait amassé les matériaux, il entrait à l'âge ou l' on bâtit." A Rome il avait appris à composer,à… draper ses personnages et à peindre clair. Avec Subleyras il avait recherché le style et la sobriété. A Paris il alla demander des leçons aux tableaux de Lemoine, mais se pliant aux demandes des amateurs, il exerça surtout ses talents dans de petites compositions. La répétition de sujets presques identiques dénote la faveur que rencontraient ses peintures aimables et légères. Une grande facilité de pinceau le servait. Si son dessin est souvent incorrect et mou, il sait trouver de délicats accords de tons, qui s'harmonisent toujours avec les panneaux des lambris peints " en blanc mêlé de gris de lin adouci ". Il est bien de son temps par le choix de ses sujets, le type de ses femmes, ses draperies, son dessin et son coloris ; pourtant il se distingue de ses rivaux par une recherche des attitudes calmes, par une composition sobre et peu chargée, et dans la couleur par un sentiment plus pénétrant de l'Harmonie

 

                                              Jean Messelet

 

 

Parmi les oeuvres du peintre un tableau a fait une réapparition dans l' histoire et est cité dans un article récent de M Serge Lemoine intitulé " le Maître et la Copie ".

 

" La copie a toujours été une forme d' apprentissage. elle permet à l' élève de s'initier à l' art de la composition comme à la technique picturale. Ainsi les pensionnaires de l' Académie de France à Rome étaient-ils tenus d' exécuter des copies des chefs-d'oeuvre des maîtres du passé, en particulier italiens : Trémolières, peintre français du XVIIIème siècle , a ainsi copié le célèbre Madone en gloire avec saint Paul et saint Antoine, tableau qui se trouvait à l'époque à… Bologne, dans l' église San Francesco, et qui a ensuite appartenu au Kaiser Friedrich Museum de Berlin. L' original ayant été détruit au cours de la guerre, en 1945, la copie de Trémolières, aujourd'hui conservée au musée de Grenoble, reste le seul témoignage important de cette composition disparue . "

 

 

 

Dans la biographie de Subleyras accessible au musée de Toulouse, son destin  avec Pierre-Charles est relaté.

 

" C'est le temps où Rome s' offre toute entière dans sa beauté immuable et l'éclat de ses apparats éphémères. C'est le temps des plaisirs violents du Carnaval qui envahissait le Corso avec la course des chevaux barbes et les mascarades. En 1735, les jeunes Français dans un style très Beaux-Arts, promenèrent à travers la ville le char de l' empereur de Chine au sommet duquel trônait, dit-on, Subleyras. C'est le temps des rencontres et des amours, amour contrarié de Carle Vanloo qui dut quitter Rome précipitamment , amours bénies pour Trémolières et Subleyras qui épousèrent deux filles d'un musicien connu, Jean-Baptiste Tibaldi. "